Nostalgie

Publié le par Dominique Valmary

Nostalgie quand tu nous tiens !

Doté de raison, l’homme a toujours espéré en un devenir meilleur. Les croyances, les religions lui ont apporté et ont entretenu cette espérance qui le guide encore aujourd’hui ; puis vint le siècle des Lumières, puis le temps des utopies. Cette lueur se nourrit souvent de propos fondateurs transmis à l’écrit, par l’usage ou à l’oral ; ils traversent les siècles, les millénaires et on ne perçoit pas le moindre signe d’essoufflement de leurs effets. Souvent ancrés dans la mémoire et dans l’histoire de la communauté qu’ils animent, ils visent à projeter l’individu ou le groupe vers un aval prometteur et donc les libèrent d’un passéisme rassurant mais qui pourrait être inhibiteur. Le phénomène couvre le champ existentiel et s’est élargi aux manifestations sociales les plus ordinaires.

Ce préambule pour évoquer l’état des lieux des combats de taureaux dont l’essence remonterait en deçà des calendes grecques bien avant la codification de la corrida au dix-huitième siècle. Aujourd’hui encore l’ouvrage de José Delgado Guerra, dit Pepe HILLO fait référence pour établir les canons de la tauromachie espagnole.

Nostalgie

Au-delà des règlements taurins, le thésaurus s’est enrichi de précis, traités, essais, et autres écrits qui en constituent la doctrine. Mais depuis lors rien n’est venu fédérer les faiseurs de corridas contraints à une attitude défensive après avoir constaté les lacunes de la transmission et l’agressivité de l’opposition. Le monde change, la corrida, elle, semble figée et peine à évoluer. Force est de constater qu’à l’heure actuelle ne se dégage aucune perspective stratégique si ce ne sont les lamentations de certains prédisant la disparition proche de la corrida, et, de son propre fait, affirment-ils. Le ver issu de la génération spontanée serait dans le fruit. Alors que faire quand il n’y a rien à attendre ? Épier l’homme providentiel ? Plonger dans le passé et donc exploiter le filon naturel et rassurant de la nostalgie ?

Et si ça avait été mieux avant ?

Les organisateurs ne s’y sont pas trompés, lesquels multiplient les programmations faisant appel aux vieilles gloires. Mais pourquoi un tel engouement ?

Joselito à Istres- Dominique Valmary
Joselito à Istres- Dominique Valmary

Le pari aurait pu être risqué dans la mesure où l’annonce de tels cartels ne fait jamais bondir les foules ; cependant faute de grive on mange du merle. Les figuras du « G quelque chose » ont perdu en grande partie leur crédit et vivent sur leur élan ; les élevages trop conciliants sont déconsidérés mais ils continuent à vendre. Le taureau authentique n’attire que les demi-sel et les seconds couteaux alors même qu’il est seul pourvoyeur d’émotion.

Les anciens retirés du ruedo ou oubliés d’un mundillo avide de nouveautés et d’un retour économique immédiat sont là pour assurer et ils assurent, rassurer aussi… Plus que bien d’ailleurs. Quelques exemples :

A Pâques 2012, la corrida des dizaines réunissait Ruiz MIGUEL, soixante-deux ans, Victor MENDES, cinquante-deux ans et El FUNDI, la quarantaine passée, elle a été plaisante. En 2014 le retour amical de José Miguel Arroyo Delgado, dit « JOSELITO » à Istres a été une réussite ; la programmation émouvante de Carlos Escolar Martin, dit « FRASCUELO » à Céret a marqué les esprits et rassuré les organisateurs inquiets de leur engagement moral. Et que dire de la présentation en France de Rodolfo Rodriguez, dit « El PANA » voulue par les arènes de Saint Vincent de Tyrosse.

Frascuelo à Ceret - Dominque valmary

Frascuelo à Ceret - Dominque valmary

A l’instar des tournées « âge tendre et têtes de bois », le circuit va se poursuivre, dans quelques semaines, quelque part en Espagne, à Guadalajara, où un mano a mano opposera « FRASCUELO à El PANA ». Certes chacun avec son style bien personnel délivre une leçon à montrer aux écoles taurines. Les attitudes, la variété des registres, l’économie de gestes sont là, la sérénité règne sur le sable ; ils maîtrisent parfaitement sitio et poder, une vingtaine de passes pas plus ! Comme si la rupture d’exercice et l’observation avaient stimulé en eux la réflexion sur leur propre actuation.

Le risque de muséification est cependant patent.

L’effet ne peut être que de très court terme. L’esprit festival flotte sur les corrals et les armures… autant de contrats que ne signeront pas de jeunes toreros ; certes cela peut satisfaire les gradins vieillissants et c’est respectable mais cela manque d’ambition. Le « c’était mieux avant » ne peut fonder l’avenir de notre passion. Le débat ne se situe pas à ce niveau, il touche à la désaffection d’un public qui ne les a pas connus en activité et pour lequel ils ne sont pas l’avenir. L’environnement sociétal évolue, la corrida non, il faudrait en tenir compte ; faute de cela elle sera irrémédiablement figée et sollicitera au mieux son entrée dans un conservatoire ou un musée que l’on peut espérer vivant.

René Char a dit « il n’y a que deux façons de prendre la vie, soit on la rêve, soit on l’accomplit » ; le rêve, soit ; la nostalgie, passe encore. Evitons le cauchemar.

Je sais que des institutions se mobilisent pour travailler l’image de la corrida et visent de nouveaux publics, jeunes en particulier. C’est essentiel si cela s’inscrit dans un contexte véritablement refondateur. Mais pour cela ne faudrait-il pas aller plus loin et organiser une réflexion radicale, réécrire les fondamentaux et penser une prospective ? Décider de prendre notre destin taurin en main, en quelque sorte. Vaste programme !

Adeissias Monsieur Yonnet

Publié le par Paul Bosc

Hubert Yonnet honoré au 7ème Printemps des Jeunes Aficionados - Photo Alex Blanco

Hubert Yonnet honoré au 7ème Printemps des Jeunes Aficionados - Photo Alex Blanco

La dernière fois où nous nous sommes rencontrés, c’était à la veille de sa corrida d’Alès, voilà tout juste deux mois, chez lui dans ce mas de la Belugo, en pleine Camargue où, par le passé, professionnellement, nous commentions les Ferias qu’il organisait dans les arènes d’Arles quand il en était le directeur.

Il paraissait fatigué, mais quand le photographe du journal lui demanda de poser près du puits, il revêtit sa veste de gardian, redressa le torse et évita de montrer qu’il était arrivé jusque-là avec une canne. Il courait vers ses 88 ans et, bien sûr, personne ne savait qu’il vivait ses derniers mois près de ces toros de combat qui avaient été celui de sa vie. « Pescalune », seul novillo de l’élevage indulté allait donner à Alès son dernier rejeton que le mayoral Olivier Faure avait appelé « Ultimo » mais qui ne faisait pas oublier « Montenegro » qui avait reçu 7 piques à Saint-Sever, « Faraman » le premier toro lidié à Madrid, « Montecristo », honoré d’une vuelta dans les arènes d’Arles en 1992 ou « Carabin », ce novillo combattu par Morenito d’Arles dans les arènes d’Arles en 1977.

Il se disait le « vilain petit canard » car ses parents avaient évité de le baptiser Christophe ou Joseph, prénoms de ses arrières-arrières grands parents qui avaient créé l’élevage en 1859, mais il n’avait pas pu résister à revenir aux traditions en appelant son fils Christophe.

Je me souviens quand Christophe a choisi de quitter cette terre. « Monsieur Yonnet » comme je l’appelais avec respect, m’avait invité à déjeuner, à deux pas des arènes, dans le restaurant qu’il fréquentait quand il était à Arles, dans ce bureau dont la fenêtre ouvrait sur l’escalier de l’amphithéâtre. Il m’avoua combien il était difficile de vivre après un si grand chagrin et me raconta un peu de sa vie, de cette promesse qu’il avait faite à sa sœur, assis tous les deux sur cet escalier : « Un jour je serai directeur de ces arènes ». Sa sœur avait ri.

Et pourtant pendant de nombreuses années, après Pierre Pouly et jusqu’en 1999, il avait réalisé cette prémonition enfantine.

Bien sûr il a été critiqué. Il a même été berné par le mundillo espagnol, par ses représentants en Espagne et par certains ganaderos mais, il a toujours voulu présenter de véritables toros comme lui les élevait dans ce mas du bout du monde.

Hubert Yonnet était un homme bon et il ne se déroulait pas une feria sans que les jeunes toreros arlésiens ou nîmois soient à un cartel. Tous lui doivent une présentation, une alternative, une opportunité de Robert Pilès à la famille Léal ; d’Antony Losada à David Lombardo, de Yanito à Morenito d’Arles, de José Manrubia à Diamante Negro…

En plein mois d’août, il avait présenté le jeune Eduardo Miura, neveu des célèbres éleveurs andalous qui, finalement, n’a pas connu une grande carrière malgré son nom. Il avait rempli les arènes d’Arles avec un célèbre mano a mano Espartaco – Cesar Rincon et puis, l’appel d’offres ouvert par la mairie pour désigner un nouveau directeur, l’a renvoyé à la Belugo où, chaque jour, il sellait son cheval pour approcher ses toros ou ceux de Françoise, son épouse. Tous les ans, il défilait dans sa ville d’Arles à la tête de la Confrérie des gardians dont il était le président depuis 1972.

Monsieur Yonnet a quitté la Camargue, cette terre qu’il aimait tant, une légende s’est éteinte même si la flamme diffusée par la Belugo restera lumineuse dans le cœur des aficionados. Madrid, Séville, Barcelone ont vu débouler des toros portant le blason chapeauté d’un trident où s’inscrit l’ « Y », de Hubert Yonnet, le plus connu et plus célèbre éleveur de toros de combat français.

Adeissias Monsieur Yonnet.

A propos des Domecq de Nîmes

Publié le par Charles CREPIN

Souvent « juste » de tête et de force, sa bravoure lui ferait vite atteindre ses limites au cheval. Dans sa grande mansuétude le maestro veille à le préserver en abrégeant le tiers, pensant aux trophées qui vont venir ensuite sur un air de Concha Flamenca.

Dans ces conditions, « Vingt passes pas plus » n’est pas de mise. Cet aphorisme désuet auquel je tiens tout de même encore un peu est dédié à un autre répertoire tauromachique. Taureau baroque et romantique, le Domecq est, lui, l’acteur incontournable des faenas à « cent passes » plébiscitées par les aficionados « toreristas » ainsi que, grosso modo, par les « touristes ».

De leur côté, les purs toristas qui l’ont renié pour sa douceur et voué aux gémonies rechignent injustement à reconnaître que ce fer a rendu possibles des triomphes historiques, imprégnant de sa marque les plus belles pages de la tauromachie des soixante dernières années. Et le 13 mai dernier, le lot du cousin Parladé a été consacré triomphateur de la « corrida la plus complète » de la San Isidro. Une renaissance annoncée ou une hirondelle dans la primavera ?

Clairement, Hubert COMPAN, Docteur Vétérinaire, a un faible pour les Domecq. A travers une contre-reseña de la corrida matinale nîmoise de Pentecôte, il non livre ci-dessous sa vision personnelle de la course appuyée par sa longue expérience professionnelle consacrée à l’étude de la race brave et à l’observation du comportement des taureaux de combat.

Charles CREPIN


 

 

La corrida de Juan Pedro Domecq le dimanche matin

Par Hubert COMPAN, Docteur vétérinaire

N° 110  Ponce Avec le premier, la corrida commençait bien : un toro mobile qui venait de loin mais un peu au ralenti : plus un problème de génétique que de faiblesse avec une faena qui a duré sans cassure de rythme et qui a permis à Ponce quelques figures de danse classique.

N°168  Finito de Cordoba Un toro profond de poitrine avec peu de morillo, très mobile dès sa sortie, galopant au capote, vers le cheval, aux banderilles occupant l’arène malgré ses petits 500 kg, et à la muleta, un régal pour Finito qui semblait ne pas vouloir s’arrêter de toréer ce type de toro qui semble reprendre des forces en fin de faena : la noblesse Domecq ajoutée à la  caste et la résistance.

N° 118 Manzanares Toro intéressant pour le nutritionniste : joli toro musclé devant et derrière, galopeur comme tous mais après les piques et pendant la lidia, chute 2 ou 3 fois. Mais toutefois répète, mais ne permet pas à Manzanares de sortir le grand jeu : le type du toro « glycolytique », terminant avec des crampes des postérieurs, phénomène fréquent dans la ganaderia JP Domecq.

N° 195 – Ponce 3 tours de piste inutiles au galop dans les grandes arènes de Nîmes, c’est déjà une grosse dépense de carburant, une première pique qui dure après un fort impact, un second impact violent qui met le toro un peu KO au sol : le seul toro faible à la muleta, et on comprend pourquoi !

N° 188 - Finito de Cordoba Un toro de trapio très moyen : il avait par contre une vitesse au sprint étonnante et la sauvagerie en plus, il a couru de partout et rentrait avec ardeur dans la muleta sans baisser de rythme tout au long de la faena, et ce n’était pas un « bonbon » dans les premières rencontres. Un épisode émotionnant : à l’agonie et crachant le sang, le toro s’est relevé 4 fois avant de tomber sur le flanc, sous les clameurs du public demandant la vuelta à une présidence insensible à ce type d’évènement : Bronca monumentale et grande ovation au toro

N° 24 Manzanares Toro bien fait dans le type, lui aussi très mobile dans les 2 premiers tercios avec une grosse pique qui comptait double, très intéressant à la muleta, et plein de noblesse pour une faena qui a duré et que Manzanares a su doser. Les crampes étaient encore là, pattes amenées sous l’abdomen, mais avançant toujours dans la muleta. Grande ovation à la sortie

En conclusion : 3 excellents toros, un seul avec de la vraie faiblesse,

Le tercio de piques : bien entendu Ponce, Manzanares, Finito de Cordoba  ont vite identifié, dès la 1ère passe de capote, l’extrême noblesse des toros, et le risque de manso con casta était faible, car il n’y a aucune parenté avec Cantinillo de Dolores Aguirre ! : ils font donc très attention à ne pas gaspiller de l’énergie au cheval  mais malgré cette précaution, les piques ont été reçues à l’allure du grand galop avec bravoure, avec des impacts violents, la seconde à minima, très vite relevée. (On a rarement vu un toro de Victorino Martin s’assommer sur le contact avec le cheval).

3 toros au moins auraient supporté 2 vraies piques et on peut rêver que dans l’avenir lointain avec la future pique de 6 cm (dont Alain Bonijol nous a parlé dans son intervention au Cercle Taurin Nîmois), la 1ère pique donnée à minima et aussitôt relevée et une vraie 2ème pique pouvant partir de loin et même de très loin, on pourrait prendre beaucoup de plaisir.

Les tercios de banderilles ont tous été très animés avec des toros mobiles qui suivaient jusqu’aux planches et qui annonçaient des débuts  de faena  au grand galop,  aucun toro « parado » malgré la proximité de l’épuisement, la musique de Chicuelo magnifique et pour la 1ère fois j’ai entendu chanter les arènes de Nîmes, pour la 1ère fois malgré l’heure tardive (14 h) les arènes ne se sont pas vidées avant la sortie des toreros, avec de grandes ovations au toros et aux toreros, le soleil, pas de mistral, le bonheur : pour moi, cette corrida de JP Domecq a été importante.

J’ai cru comprendre que le même bonheur a existé lundi dans les arènes de Vic, après le spectacle qu’a donné un toro de Dolores Aguirre, avec toutefois une différence dans le niveau de satisfaction générale : autant JP Domecq pouvait être satisfait de l’ensemble de la course, autant le ganadero de D.Aguirre a pu se poser la question de savoir si l’avenir de son élevage est de produire des Cantinillo ?

Je me permets d’interroger mes confrères sur 2 points :

  • Quel est le toro qui a dépensé le plus d’énergie, Cantinillo de Dolores Aguirre ou le JP Domecq N° 24 le second de Manzanares ( voir corrida.tv ) ?
  • Ces 2 tauromachies peuvent-elles se rejoindre un jour ?

Le trophée de la meilleure ganaderia de la San Isidro 2014 a été attribué à la ganaderia PARLADE, c’est un signe fort.

Hubert Compan

 

"si je devais acheter des Miura..."

Publié le par vingtpasses

"si je devais acheter des Miura..."
 
Par Hubert COMPAN, Docteur-Vétérinaire *

 

Je n’ai pas tout compris et je continue à me poser des questions :

Pourquoi des sobreros de Garcigrande ? Pourquoi renvoyer le second du Juli ?

Même invalide, on aurait vécu l’évènement de la Feria ! Et la frustration aurait été diminuée.

Pourquoi cette faiblesse généralisée ?

Rappelez- vous , il y a 5 ou 6 ans, les Miuras de Nîmes étaient sortis faibles et légers. Les mêmes Miuras de peu de volume sont sortis excellents avec Castano seul contre 6 en 2012 et je me souviens d’une Miurada de grande peur à Béziers en  2008, d'un poids moyen de 650 kg avec Lescarret se faisant courser après sa 7ème tentative de coup d’épée...

Je me risque à une explication scientifique avec toujours pour référence les travaux de l’INRA, et sans connaître les détails du « manejo » de la ganaderia. Dans nos études, nous avons constaté que les Miura avaient une typologie musculaire particulière : ils ne possédaient que 1 à 2 %  de fibres rapides, alors que les Domecq en possèdent 10 %.  Cette quasi absence de fibres rapides qui fonctionnent avec le carburant glycogène, explique le manque d’explosivité dans le 1er tercio des Miura. Alors que les Domecq sont de grands galopeurs, les Miuras fonctionnent essentiellement sur les fibres intermédiaires et les fibres lentes qui assurent des piques sans s’épuiser mais parfois spectaculaires (EC=1/2 MV2)et des faenas en général courtes… quand tout va bien. A Nîmes, la panne de carburant Glycogéne est arrivée tout de suite des les premiers galops, et le métabolisme oxydatif n’a pas pu prendre le relais.

Pourquoi cette panne généralisée ? :

Génétiquement les Miuras ne sont pas programmés pour le sprint et le galop des JP Domecq ou Garcigrande : c’est un handicap « génétique » qui caractérise les races rustiques. Pour une bonne fourniture des muscles en glycogène, il faut un foie qui fonctionne bien et une alimentation gluco-formatrice.  Sans connaître le manejo actuel de la ganaderia, on peut penser que ces toros qui avaient à peine plus de 4 ans (vêlages de février 2010) ont consommé de la pâture de printemps et peu d’aliment :  les toros n’ont pas fait leur réserve de glycogène car l’herbe n’a jamais produit des toros de 4 ans volumineux et forts. L’amidon de céréales est nécessaire aux ruminants  pour fabriquer du glucose et des réserves de gras par l’intermédiaire de l’acide propionique : on ne va pas préparer les footballeurs de l’équipe de France avec des feuilles de salade.

Le 1er Miura était presque maigre, et on peut faire le pari qu’avec 1 an de plus, un bon pienso et 50 kg de muscle de plus, le lot aurait pu passer à Béziers au 15 août avec une réserve en carburant suffisante. Après, il y a tout ce qui peut se passer à l’embarquement, dans le transport, au débarquement, dans les corrales…. En fait pour faire un diagnostic complet, il faut questionner l’éleveur, le mayoral, le nutritionniste, le responsable des corrales et surtout il faut pouvoir interpréter les réponses car dans le monde des éleveurs on ne dit pas tout et il faut beaucoup d’expérience pour en savoir un peu.

Si je devais acheter des Miuras… !
  • Je choisirais des toros de 5 ans.
  • Je les programmerais pour septembre
  • J’exigerais un volume musculaire conséquent pour 600 kg de poids
  • Je me renseignerais sur les rations distribuées et la préparation des animaux.

Et si cette corrida se passait mal, je chercherais et trouverais certainement d’autres explications au cours de la tertulia finale…

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* Docteur Vétérinaire nutritionniste, Hubert COMPAN jouit d'une longue expérience d'observation et de conseil auprès des ganaderias de race brave. Il a notamment collaboré à deux programmes de recherche de l'INRA sur des sujets particuliers qui intéressent l'aficionado :

- Faiblesse musculaire - Chutes des toros de combat : les muscles des toros et leur métabolisme pendant la lidia, corrélation avec la dépense énergétique et les signes de faiblesse.

- Techniques de préparation alimentaire : leur efficacité sur la force et la mobilité.

El Juli et les Miura de la Pentecôte

Publié le par Charles CREPIN

L’article sur le fracaso des Miura de Nîmes a suscité des commentaires. Celui de Catherine pourrait les résumer pour la plupart : « touchez pas au Juli ! ». Le sujet est sensible.

Relisez-moi : je n’ai pas écrit qu’El Juli avait choisi les Miura de Nîmes. Je suggère qu’il peut en tout cas méditer sur l’objet d’un débat qui ne lui est pas tout à fait étranger. Dans ce domaine, il a réellement le pouvoir de décider et de choisir, s’il le veut, quand il le veut, et (presque) n’importe où, ses corridas et ses taureaux. Il ne s’en prive pas, d'ailleurs, et il n’est pas le seul. José Tómas, quant à lui, n’en fait pas mystère. Depuis longtemps, les temporadas du Juli sont riches de triomphes attendus, devenus quasi conventionnels, devant des taureaux présentant pour la plupart d’entre eux des similitudes confondantes qui ne doivent rien au hasard. Passons sur les détails dont nous parlons abondamment dans nos tertulias d’hiver.

Julián López Escobar El Juli est grand. Il n’a donc plus rien à prouver. Toutefois, piqué par la critique de ce qui précède, et comme d’autres grandes figuras, il a décidé il y a quelques temps de faire « des gestes » en affrontant des taureaux plus sérieux. (Et quand il ne fait pas de "gestes", c’est quoi alors ?). Pour l’instant, le bilan est plutôt maigre.

Ci-dessous, lundi, dans un nouveau "julipié".

El Juli et les Miura de la Pentecôte

A propos du fracaso de Miura

Publié le par Charles CREPIN

A propos du fracaso de Miura

Je crois que l’impression laissée par les Miura lors de la visite des corrales quelques jours avant la corrida portait en germe le fracaso ganadero de ce lundi de Pentecôte. Le taureau faible, on connaît. On en voit un peu partout. Mais cette fois, c’était plus fort : cette fois, il s’agissait des Miura, il s’agissait d’El Juli, il s’agissait de la première arène française, un jour de belle affluence… Une alchimie excentrique qui a eu raison de la profondeur insondable opposant habituellement les corridas torista et torerista. De même pour l’abîme qui distingue radicalement leurs publics respectifs. Aux cris de remboursez ! remboursez ! les gradins ont fait la jonction de ces publics aux opinions si souvent divisées sur la manière de lire un même spectacle, témoignant d’une émotion et d’une déception largement partagées.

Qui a voulu et choisi un tel lot de Miura ? Pas Manuel Escribano, ni Rafaelillo, évidemment. Voilà sans doute de quoi méditer pour El Juli et ses veedors.

Le problème n'est pas nouveau...

" Rien n’est difficile à achever comme une passion à l’agonie. Voici l’hiver, les giboulées. Il est possible que, mars venu, nous reprenions le chemin des plazas. Je sais d’avance quel piètre bétail nous y attend. Je m’en remets aux pessimisme espagnol : ni piton, ni trapío, ni casta, ni ná ".

Christian Dedet. La fuite en Espagne- 1962

L’agonie de la Fiesta Brava s’est-elle éternisée durant toutes ces années ? Pas toujours. Une prise de conscience des acteurs, aiguillonnés par l’aficion, avait conduit à corriger des pratiques insupportables : dans les années 70/80 les figuras se sont souvent coltiné du vrai toro encasté. Bien moins aujourd’hui…

Je vois dans le fracaso de lundi l'occasion d’une indispensable réflexion sur les conditions de l'excellence souvent revendiquée par l'organisation, plus rarement démontrée. Cela, chaque acteur, dans son rôle, doit pouvoir y contribuer, moyennant quelques convergences à trouver dans l’exercice d’une élémentaire démocratie : règlement, critères, contrôle, éthique et rigueur ne sont pas antinomiques de l’excellence en question.

Comportement du taureau de combat

Publié le par Charles CREPIN

Au campo et dans l'arène, le comportement du taureau de combat. Une analyse technique très fournie. Une réflexion sur l'avenir du taureau et sa pérennité, étroitement liés à celui de la Fiesta Brava.

Un ouvrage essentiel dans la bibliothèque d'un aficionado.

Un livre d'Antonio PURROY traduit de l'espagnol par Marc ROUMENGOU.

Éditions ATLANTICA - avril 2014 - 277 p

Comportement du taureau de combat

Les YONNET, de la Bélugue aux arènes d'ALES

Publié le par Paul Bosc

Hubert Yonnet, 88 ans vit seul  dans le mas familial de la Belugue à Salin de Giraud depuis que Françoise est près de son fils Jacques, pour des raisons de santé. Olivier Faure déjeune tous les jours avec lui et une voisine vient l’aider. Quand il nous reçoit, après s’être installé dans son fauteuil, il regarde sa montre et a une pensée pour son épouse « qui vient de rentrer à l’hôpital ». Son épagneul a sauté lui aussi sur son siège favori et s’installe confortablement. Dehors, le vent d’ouest remue les branches des tamaris, les mouettes ont trouvé refuge dans les prés,  et font le dos rond sous les humeurs du « Narbonnais ». Depuis toujours, le Camarguais a connu cette vieille bâtisse dont la cheminée porte la date de 1708 sur son fronton.  A quelques kilomètres de là, au bout du monde, entre mer et marais, entre le Vaccarès et le Rhône, il y a 150 ans, l’arrière-arrière grand-père de l’éleveur, Joseph puis Christophe puis encore Joseph ont élevé des taureaux, camarguais d’abord, d’origines navarraises par Carriquiri ensuite et même de Sepulveda qui ont constitué l’élevage de Françoise. Mais ce sont aujourd’hui tout simplement des Yonnet.

Dans la salle à manger, Hubert Yonnet a gardé le fronton de « Garibaldi », un taureau aux cornes impressionnantes qui n’hésitait pas à traverser le Rhône  à la nage pour conduire la manade de l’autre côté, s’assurant qu’il ne manquait aucune bête.

Derrière le mas, dans l’enclos, cinq toros portant sur leurs flancs le chiffre 9 qui indique qu’ils ont 5 ans portent des cornes tout aussi impressionnantes. Parmi eux un « castaño » qui doit bien approcher les 600 kilos, dernier fils de « Pescalune » le semental qui a été indulté en 2002  lors d’une novillada à Lunel et morts en 2011. Olivier Faure, le mayoral, l’a baptisé « Ultimo » en son hommage.

Il les a installés dans l’enclos depuis trois semaines et les fait courir en agitant les bras et en criant : « l’herbe des prés, avec cette humidité, n’est pas bonne pour les toros, ici ils broutent de la paille, du foin et  des compléments d’alimentation. J’ai été obligé de séparer deux toros car ils se battaient. »

Les deux « exilés » n’ont que quatre ans, l’un d’eux sera le réserve mais ils sont « de la camada de la novillada de Céret l’an dernier » précise Olivier qui ajoute : « il y aura trois Yonnet et trois portant le fer de Françoise pour cette course d’Alès. Il n’y a plus de différence entre les encastes depuis le temps.»

Le matin de la course, le transporteur viendra embarquer  les sept  toros prévus qui auront jusqu’à Alès une surveillance renforcée par la gendarmerie. Au cas où les anti-taurins auraient l’idée saugrenue de vouloir bloquer le camion.

Une escorte d’honneur en quelque sorte…

 

c CCR 7840

 

c CCR 7849

 

Les YONNET, de la Bélugue aux arènes d'ALES

Le dernier Calife de Cordoue

Publié le par Paul Bosc

Le 20 mai dernier à Madrid, dans les arènes archipleines de Las Ventas (Le journal El Pais précise : « lleno hasta la bandera en los pasillos de la plaza ») Manuel Benitez Peres « El Cordobès » a reçu l’hommage solennel des autorités madrilènes pour commémorer le cinquantième anniversaire de sa confirmation d’alternative.

 

Ce jour du 20 Mai 1964, celui qui n’était pas encore le Ve Calife de Cordoue allait recevoir la grave blessure qui allait émouvoir toute l’Espagne, trois jours après son prodigieux triomphe nîmois relaté plus bas. Comme le racontent Dominique Lapierre et Larry Collins dans « Ou tu porteras mon deuil», ouvrage consacré à ce torero atypique, cette corrida retransmise à la télévision avait été suivie par tous les Espagnols qui se pressaient devant les bars et vitrines de matériels radiophoniques ou simplement en écoutant la radio. Tard dans la nuit, la foule silencieuse massée devant la clinique où le torero avait été transporté attendait le pire et priait pour son salut.

 

Celui qui va mourir…

Le « Phénomène » ou « le beatnik » qui toréait dans des terrains classés jusqu’alors impossibles, qui sautait devant les toros dans ce fameux « salto de la rana » avait conquis Séville quelques semaines auparavant de ce jour pluvieux et surtout Nîmes le 17 mai 1964, ce fameux dimanche de Pentecôte que le journaliste Roland Massabuau a rappelé dans le « Midi-Libre » de samedi dernier (1). Avec son manager El Pipo, ils avaient inventé une campagne de publicité qui n’existait pas à l’époque, comme d’ajouter aux affiches des courses où il se présentait : « celui qui va mourir » ou de faire publier des photos du Cordouan emmené par les garde-civils. Ce 20 mai 1964, sous un ciel orageux, Pedro Martinez « El Pedres » lui avait cédé sa muleta et son épée ; le témoin était un torero de sa ville natale de Palma del Rio : Manuel Garcia. Le toro « Impulsivo » portant la devise de Benitez Cubero, pendant la faena, le prend en plein centre de la piste. Le Cordobès est emmené à l’infirmerie sans qu’il ait pu porter l’estocade. Cependant la présidence lui accorde une oreille. Un mythe était né.

 

Calife à la place du calife

En 1965, il toréa 111 corridas et… 31 au mois d’août. Et puis il y eut les arènes portatives avec des défilés de novillos avec Palomo Linares comme compère, les chasses avec le général Franco qui pourtant avait fait fusiller de nombreux compatriotes de Palma, ses exigences pour le choix des toros et autres scandales qui faisaient entendre à « El Cordobès » plus de broncas que d’ovations. Après la mort d’un espontaneo, Fernando Villarroel « El Chocolate » en 1981 à Albacete (2), le Cordobès pris de remords quitta le costume de lumière. Il revint dans le ruedo de Palavas en 2001 en mano a mano avec Sébastien Castella et à Nîmes, une denière fois pour la Pentecôte 2002 avec Paco Ojeda, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la feria. Les aficionados ont ensuite suivi son fils Julio en 2005.

En octobre 2002, Manuel Benitez « El Cordobès » devenait le 5e Calife de Cordoue après Lagartijo, Guerrita, Machaquito et Manolete. (NDLR : le titre califa del toreo, référence au Royaume maure de Cordoue), a été décerné à ces toreros d’exception originaires de la ville de Cordoue qui ont marque l’histoire de la tauromachie). El Cordobès est aujourd’hui âgé de 78 ans.

 

Sur les sites Internet consacrés au Cordobes, les lecteurs peuvent trouver d’autres anecdotes. En voici quelques-unes :

La corrida du 17 mai 1964 dans les arènes de Nîmes

Un des plus grands maestro de tous les temps a coupé à Nîmes et dans ses arènes estomaquées 4 oreilles, une queue et une patte. Avec pour spectateurs médusés, César Giron et Paco Camino (1 oreille). Les toros étaient de Don Felipe Bartolome, mais c’est un sobrero de Juan Pedro Domecq qui lui permit d’obtenir les trophées extrêmes (il avait coupé 2 oreilles à son premier) sous la présidence d’André Bazile. Pour celles et ceux qui étaient présents ce jour-là, ce fut une corrida unique en son genre, qui a marqué toute une génération d’aficionados. Comme l’écrit Jacques Durand dans Libération, « Il emporte avec lui à Madrid le cœur incendié des jeunes Nîmoises qui, le jeudi suivant, apprenant qu’un coup de corne lui a ouvert le ventre et qu’il peut en mourir, s’effondrent en larmes dans les couloirs du lycée Daudet, où une minute de silence sera observée ».

La Presse s’enflamme

« El Cordobès connaît le grand triomphe », titre le Provençal du lendemain, un journal sans mot assez fort pour qualifier l’événement. « Un enthousiasme indescriptible », titre le Méridional le 18 mai. «Corrida historique », pour un Midi Libre choc ! Le journaliste n’hésite pas à employer des mots rares, décrivant une émotion « qui vous secoue jusqu’au fond de vous-même ». Il poursuit la description d’un torero « dont la présence et la puissance de la personnalité » ont conquis les spectateurs chanceux.

Un phénomène mondial

El Cordobès a survolé les années 60 sur le plan tauromachique. Son courage, sa position par rapport aux toros, son poignet exceptionnel, son émotion dans les corps à corps constituent l’essentiel de son art. Par certains aspects, Sebastien Castella ressemble à ce style qui enthousiasme le public. Le style du Cordobès a fait débat car son toréo bousculait les codes classiques de la tauromachie de l’époque, avec notamment son célèbre saut de la grenouille. Après la mort de Manolete en 1947 dans les arènes de Madrid, il devient le matador pour lequel les spectateurs sont prêts à débourser des sommes folles. Il était question de 20 fois le prix du billet de corrida à Madrid sur le marché noir.

 

 

(1) Voir aussi l’article de Roland Massabuau – Midi Libre 17/05/2014 « Nîmes : Il y a 50 ans, El Cordobés mettait les arènes en folie »

(2) A lire sur Vingtpasses la tragédie d’Albacete en 1981

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