Un blog de culture taurine
Je chante l'homme dans sa plénitude,
Le triomphateur du monde et de lui-même
Qui au bord - jour après jour - de l'abîme
Sut se pencher impavide et serein
Gerardo Diego
Le dernier toro de Sanchez Fabrés, d’encaste Coquilla, est tombé la semaine dernière dans les arènes de Saint Sever sous la lame de Thomas Dufau, en lui laissant ses deux oreilles. Et encore avait-il fallu une souscription pour que les derniers Coquillas de cet éleveur soient lidiés dans une arène. Sanchez Fabrés a jeté l’éponge comme avant lui Mariano Cifuentes qui possédait également des Coquillas, provenance du fer de El Raboso de Matias Bernardos. Comme avant lui Barcial et ses terribles patas blancas.
Les héritiers du Curé de Valverde ont vendu vaches et sementales à Jean-Luc Couturier et ont, peut-être, sauvé cet encaste d’origine Conde de la Corte. Les derniers Urcolas ont été achetés par Victorino Martin. Les toros d’Alfonso Guardiola ne sont plus qu’un souvenir. La plupart des autres ganaderias ont éliminé les anciennes encastes pour des Domecq. Hier Tomas Prieto de la Cal a accusé un fracaso avec ses purs « Veraguas » grands- parents des toros majoritaires de la famille Domecq.
Lors d’une conférence, vendredi dernier à Arles, Tómas Prieto reconnaissait qu’en Espagne, plus personne ne voulait voir ces toros d’une autre époque et que seule la France et son aficion débordante sauverait ces encastes rustiques mais qui ne font plus le spectacle. Les aficionados espagnols ne vont plus voir que les corridas dites « toreristas », les matadors ne veulent croiser que des toros malléables, les directeurs d’arènes se contentent de Miura ou Victorino Martin pour leur programmation « torista ».
Et, à dire vrai, ce n’est pas la prestation des Prieto à Alès dimanche qui valorisera son blason. D’une magnifique présentation, certes, mais sans race, mansotes et le pire de
tout d’une grande faiblesse. Un picador arlésien laissait entendre que cette faiblesse serait due à l’eau du Grand Badon où ils ont séjourné, polluée par la crue du Rhône (1).
La Unica de Saint-Martin de Crau est un laboratoire, même si cette fonction n’est pas très connue du grand public. Elle a su présenter des novillos de Sanchez Fabrès en competencia avec des Justo Nieto en 2007, des Cebada Gago triomphants, des Dolores Aguirre exceptionnels, mais aussi des Prieto de la Cal, des Perez Tabernero ou moins connus comme Rehuelga, réminiscence de Santa Coloma.
Mais revenons à nos Coquillas qui peuvent prêter à confusion. Au sein de l’Union des criadores de toros de combat, la ganaderia « Coquillas de Sanchez Arjona » a gardé l’encaste de cette origine, croisement entre Veraguas, santa coloma, Sanchez Tabernero et Matias Bernardos. Mais le fer « Sanchez Arjona » est du pur Domecq et deux éleveurs français ont acquis des bêtes chez ce ganadero de Martin de Yeltes près de Salamanca : « Tierra d’Oc » propriété de Frédéric et Laure Donnadieu ainsi que Damien Donzala, tout comme « Dos Hermanas » de Patrick Laugier.
(1) NDLR : Vingtpasses reviendra dans un prochain article sur le « fracaso » de dimanche.
Si à Nîmes, quand Ferdinand Aymé gérait les arènes, il était de tradition de dire : « aujourd’hui, il ne pleuvra pas, il y a une corrida aux arènes ». A Saint-Martin de Crau, c’est plutôt l’inverse qui s’est souvent produit. Et, quand ce n’était pas la pluie, c’était le vent, ou la tempête ! Cette année encore, la corrida de competencia de ganaderias françaises a dû être annulée, la corrida de Dolorès Aguirre reportée au 1er mai.
Pourtant, les courses qui se sont déroulées sous l’orage ont souvent pris une dimension exceptionnelle par leur dramaturgie. Trois corridas parmi, sans doute, beaucoup d’autres nous reviennent en mémoire : celle du 23 avril 2000 dans les arènes d’Arles ; celle du 25 mai 2001 à Nîmes et la corrida de Miura à Arles le 25 avril 2011. Trois exemples remarquables par leur intensité alors que le ciel se déchire d’éclairs, que la pluie dégringole par seaux entiers et que le tonnerre gronde méchamment. Bien évidemment d’autres courses ont eu lieu sous la pluie comme celle récente de la feria d’Arles avec les toros de Victorino Martin et le mano a mano tant attendu entre Javier Castaño et Fernando Robleño qui n’a pas transcendé les spectateurs.
A Arles pour la feria 2000, c’est Juan José Padilla qui ira se planter face au toril pour recevoir le Partido de Resina dès sa sortie alors que l’orage éclate mais ne fera pas renoncer celui qui ne s’appelait pas encore le « Pirate ». Une faena fantastique prolongée par une présidence qui allongera les minutes pour ne pas sonner les avis en temps et heure. Le torero de Jerez coupera deux oreilles dans une ambiance mémorable.
Autre souvenir. A Nîmes cette fois, le 25 mai 2001, pour le jeudi de l’Ascension lors d’un fameux mano a mano Jesulin de Ubrique-El Juli. Au cinquième Torrealta, le ciel s’ouvre, Jesulin est au milieu du marécage et patauge mais ne renonce pas. Il écarte le rideau de pluie, s’entête, torée et même si parmi les 16000 spectateurs, certains ont cherché refuge sous les arches, une clameur monte : « to ré roi - to ré roi » pour rendre hommage à ce nouveau Boudu, sauvé des eaux. Deux oreilles qui effacent les sifflets du début de la course. Sur les gradins, c’est la fuite vers les sorties, pensant que la corrida est finie. Il pleuvait toujours aussi fort. Et tout le monde s'attendait à voir s'éteindre la corrida au bout de cinq toros et quatre oreilles. Juli s'est déchaussé à son tour, il a demandé l'ouverture de la porte du toril. Le petit El Juli est assoiffé de triomphe. Torero géant. Torero fou, banderillant puis liant les séries des deux mains près du centre, avalant la noblesse infinie du Torrealta couleur de terre. Deux oreilles et la queue! Historique.
En recherchant dans les archives, une autre corrida tout aussi mémorable hantait ma mémoire toujours à Arles, peut-être en 1992 ou 1993 avec Cesar Rincon et Espartaco. Mais Internet n’a pas retenu cette course. Aussi nous faisons un saut dans le temps pour nous retrouver dans l’amphithéâtre arlésien. Le lundi 25 avril 2011, pour la feria de Pâques. C’est au sixième Miura que l’orage éclate. Medhi Savalli arrachera une faena épique encouragé par tout le public mais il échouera avec les fers. Il gagnera les trophées quelques semaines après, à un Miura, mais c’était alors pour la feria nîmoise.
Un sourire de fierté
Par Christian FRIZZI
Hier, en fin d'après midi, les toros de Juan Sanchez Fabres ont été débarqués dans les corrales de ST SEVER. Sans blessures, sans heurts et avec calme. Tito, le mayoral, est présent, souriant, il parle a ses toros. Le collectif Pedrollen qui a fait le voyage aussi.
Il y a bien nécessité de couper l'ardeur du combat par quelques jets d'eaux bien placés, mais aucune blessure à noter. Au final les toros se reconnaissent et grâce à l'expertise des gens de St Sever tout se passe bien.
….Hier matin, les toros parqués depuis deux jours avec quelques mansos dans un corral naturel a “Pedrollen“ regardent enfin le soleil luire sur la finca toute proche. Le froid est bien présent sur la région de Salamanque mais il fait grand beau. Juan (Juan Sanchez Fabres) parle avec volubilité, mais il semble nerveux... Il me regarde, il a un sourire, un peu fatigué, celui de l'orgueil.
- “Regarde, c'est beau un champs vide non?“
Il me montre le pâturage ou il y a peu encore paissaient les huit toros que l'on vient d'embarquer... Et il éclate de rire, il nous montre les journaux Espagnols, l'un d'eux titre: “Le miracle de ST SEVER“ il le répète c'est un miracle...que ces toros ne finissent pas au matadero (à l'abattoir). Maria Cruz son épouse, ne dit pas grand chose, juste qu'il est fier que cette corrida soit lidiée, et qu'elle ne sait pas si il pourra rester dans l'arène durant ce dernier combat... Il confirme, il me dit de nouveau son amertume, son incompréhension du mundillo actuel, et que c'en est bien fini. Il va vendre encore quelques lots de Novillos à l'école taurine de Madrid...mai plus jamais il n'y aura de corrida et basta..
Il regarde à nouveau le pré vide, et dans une pirouette, explique que dès que nous serons partis il ira skier, la station est toute proche... il va pouvoir respirer, tu sais c'est si dur d'élever des toros pour rien... Il ajoute qu'il espère qu'il y aura du monde pour voir mourir cet encaste... il espère que la corrida sortira bonne et forte...il rit mais sa gorge se noue...la fumée de sa cigarette sans doute...
L'embarquement a été réalisé sans encombre en prenant le temps. Ça y est les huit coquillas sont partis vers leur destin... Nous avons tous un sentiment diffus, mélange de plaisir et de tristesse... Les Coquillas seront bien en piste à ST SEVER, le 8 Mai, une course pour l'histoire, nous esperons tous que l'arène sera bien fournie, que le public va répondre nombreux, juste montrer que nous savons rendre hommage à ce à quoi nous croyons...
Tout le monde taurin aujourd'hui connait l'histoire de Pedrollen..si en plus c'est un succès et que le public répond présent... On annonce le beau temps, enfin.
Le numéro de téléphone des réservations le 05 58 85 23 56..
Pour que le sourire de Juan soit celui de la véritable joie, et de n'avoir pas fait tout ça en vain...et comme il le dit dans un sourire: “qu'ils meurent en musique“... ce serait mérité.
Le 7 mars dernier, le Cercle Taurin Nîmois avait demandé à Hubert COMPAN, vétérinaire Taurin, d'évoquer le thème de l’ennui dans certaines corridas. Luc JALABERT, éleveur et empresa des arènes d’Arles, était venu enrichir ce débat, livrant aussi à cette occasion son point de vue sur l’absence de corridas-concours en France lors de la présente temporada.
Pour l’essentiel, le diagnostic sur les causes de l’ennui, et les propositions pour y remédier, fait à peu près consensus, tant il reflète le sentiment et l’attente des aficionados sur les remèdes possibles à cet avatar de la corrida.
Parmi les problèmes évoqués, la vision de la pique sous l’angle prioritaire de la taille ou du profil du fer, pour innovante et intéressante qu’elle soit, ne fait pas l’unanimité : beaucoup estiment que les « dégâts collatéraux » sont tout autant la conséquence de l’endroit où on pique, et de la façon de piquer… Et cela sous-tend une dimension « culturelle » du problème et la recherche d’autres « coupables ». Un sujet qui pourrait à lui seul nourrir bien des tertulias...
Luc JALABERT et Hubert COMPAN - Photo Michel CHAUVIERRE
Toros identiques… d’une langueur monotone…
par Hubert COMPAN
1-Pourquoi l’ennui dans certaines corridas de « figuras »
6 toros: 450 kg, « commodes » de tête
Pas d’émotion esthétique, trapio banal
Aucune manifestation du public
Impression de danger : ?
Suspicion d’afeitado,
6 « clones » au comportement prévisible.
Sortie au galop, 1 ou 2 tours de piste inutiles.
Met la tête et se retourne dans le capote : toreabilité vite perceptible.
Emotion de courte durée car : Objectif du torero: garder le maximum de carburant pour la muleta.
Tercio de piques
Le toro a vu le cheval, retenu par les peones.
Amené à la distance minimale réglementaire.
1ére pique souvent entre les épaules ou dans le dos et qui dure… Sifflets du public.
2ème pique à minima, sans replacer le toro, jamais donnée de loin...
Applaudissements !!
Absence de « quites »
Toujours le même objectif du torero:
Conserver de la mobilité pour la muleta
Eviter les « dégâts collatéraux » de la pique de 8.8 cm (pénétration 17 cm en moyenne).
banderilles
3 paires à la sauvette, parfois 2 paires
Comme une simple formalité qui suit un tercio de piques insipide.
Aucune préoccupation des « subalternes » de se mettre en valeur.
Toro bouche ouverte, mobilité difficile à évaluer.
La fête commencera-t-elle au 3éme tercio?
Les attentes du public qui n’a pas vu grand-chose depuis la sortie du toro :
on espère le toro amené au centre qui part de loin au galop pour des séries rythmées et de l’émotion dès les 1ères passes.
1ère série : il part de loin au galop, génuflexion à la 3ème passe. 2ème série, génuflexion à la 3ème passe.
Récupération, pas de récupération? Inquiétude de l’aficionado :
On connaît par cœur la suite: dans les cornes avec des charges courtes et une fausse impression de danger pour une faena interminable qui réveille un peu le public…..1 oreille.
On s'est ennuyé...
Photo Vingtpasses
Pour qu’on ne s’ennuie plus :
500kg bien « présenté » et astifino :
Plaisir esthétique
Impression de danger
Applaudissements
Et pourquoi pas un vrai « manso con casta » » dans le lot !
Pour moins d’ennui dans le 1er tercio
Toro fixé rapidement
Capote plus varié (= prise de risque), quites plus fréquents.
1ère pique moins appuyée, vite relevée
2ème pique en partant de loin: plaisir du galop + ovation.
Pique raccourcie avec moins de risques de « dégâts collatéraux » (pénétration 10 cm maxi ?).
Moins de sang, moins de blessure, plus de rencontres.
Pour moins d’ennui dans le 2éme tercio
Qualité et volonté des peones: placement, technique, rythme du tercio.
La mise en évidence de la mobilité d’un toro qui part de loin et suit aux planches fait espérer une grande faena.
Pour moins d’ennui dans le 3ème tercio
Avec un toro mieux présenté, impression de danger plus ou moins consciente, chaque passe compte chaque « passe de poitrine » en fin de série est un soulagement et génère plus d’applaudissements. Le public devient moins exigeant sur la perfection artistique.
Photo Vingtpasses
Avec un toro plus mobile, les trajectoires et le rythme de la faena sans les chutes chauffe vite le public, la phase finale dans les cornes est mieux acceptée.
Ambiance musicale de qualité
Avec des toros mobiles on ne s’ennuie pas, même si la noblesse est absente.
Les techniques qui améliorent la force et la mobilité
La génétique :
Typologie musculaire et comportement (les « Domecq »).
La sélection, les tientas, la combativité, la sauvagerie, l’entrainement.
L’alimentation : formulation des aliments, les mélanges fibreux, antioxydants, glucoformateurs.
Photo Michel CHAUVIERRE
2– Pourquoi l’ennui dans certaines corridas « dures » ?
6 toros d’encaste « réputée »
Identification de l’encaste parfois difficile, trapio et présentation souvent irréguliers.
Sortie en trottinant, souvent peu « explosifs » au capote, difficiles à fixer, s’échappent en retrouvant leur trot.
On n’a pas vu grand-chose au capote et on attend les piques avec impatience
Piques
Part au petit trot au cheval, accélère à 2 m pour une pique appuyée dans la cruz
2ème pique autant appuyée dans le même trou. On sait que la 3ème est de trop. Elle est donnée…
Ovation au picador, on ne s’est pas ennuyé.
Avant d’aller plus loin, une précision importante sur la dépense énergétique du toro de lidia et son impact sur le comportement :
Coefficients de dépense énergétique mesurés selon les situations
Banderilles
Le toro a accusé les efforts de la pique. Le toro est arrêté au centre, il prends les 3 paires sans mobilité. Le public commence à s’inquiéter...
La muleta
En début de faena : le sang continue de jaillir entre les épaules, le toro est ensanglanté jusqu’à la « pesuna » (= 3 à 4 litres de sang).
On a eu 3 piques et on espère tous une grande faena.
1éres séries un peu désordonnées, le toro raccourcit vite sa charge et devient dangereux, la conscience professionnelle du torero ne suffit pas à donner de l’émotion malgré le danger.
On se questionne : le toro s’est arrêté. Pourquoi?
décasté? les piques, la douleur? l’hémorragie?
On s’est ennuyé
Le tercio de piques ne suffit pas à faire une corrida,
On a des sujets de conversation à la buvette. On reviendra l’année prochaine !
Pour moins d’ennui
Présentation correspondant à l’encaste
Sans excès de poids, sans excès de cornes
Le toro sort en trottant, tête haute, morillo bien dessiné, il observe, on applaudit
Capote: une serie complète de véronique suffit.
Le tercio de piques
Pour que la fête commence au 1er tercio
On a effacé les 2 lignes concentriques
On a dessiné des lignes type concours numérotées de 1 à 3
Mise en suerte plus « lisible ».
1 seul cheval
1 picador mobile qui va au devant du toro sans le souci de la ligne.
Une pique raccourcie de 5 à 6 cm: moins de risques de « dégâts collatéraux »
Davantage de rencontres, avec moins de sang, moins de blessures.
Les 2 Piques Bonijol : la plus petite n’a jamais été utilisée.
banderilles
Valorisation des banderilleros :
Technique, diversification, animation.
Muleta
Les conséquences d’un tercio de piques avec moins de sang , moins de blessures plus de rencontres = plus de mobilité, des faenas plus abouties malgré la diversité des comportements.
Et à la fin…..le récibir… 2 oreilles
On ne s’ennuie pas et la fête a commencé au 1er tercio.
La corrida de Javier Castano seul contre 6 Miuras peut être considérée comme une refondation de la tauromachie. Elle est plus facile à reproduire que la corrida de Jose Tomas dans laquelle la part du hasard a été importante.
3- les corridas concours
Les attentes du public : choix des encastes, présentation, comportement à la pique, mobilité à la muleta.
la réalité :
Que représente une corrida concours pour un ganadero ?
Toros pas toujours représentatifs de la ganaderia, souvent trop lourds, trop armés, trop âgés, hors du type.
Les exigences du public sur le nombre de piques : tercio de pique trop invalidant.
Choix des toreros (restreint).
Propositions pour les corridas concours
Choix des toros ? quelles compétences ?
Trapio sans excès, présentation au- dessus de la moyenne.
Tercio de pique récompensé, moins de sang, moins de blessures, plus de rencontres.
Et pourquoi pas une corrida-concours « Domecq » ? (NDLR : ???).
Photo Michel CHAUVIERRE
Quelques réflexions de Luc JALABERT reproduites de mémoire :
- Oui les figuras sacrifient les 2 premiers tercios pour conserver la mobilité à la muleta : peu de passes de cape, pas de quites, tercio de pique réduit au minimum .
- La majorité des aficionados jugent les toreros sur leur prestation à la muleta, ils oublient même que maestro a posé les banderilles : c’est pourquoi on ne voit plus de toreros banderilleros.
- C’est dans les 10 dernières passes que se coupent les oreilles.
- Oui il faut diminuer les traumatismes de la pique, c’est à vous clubs taurins de le demander !
- Je suis d’accord avec Alain Bonijol, ce sont les Domecq qui s’emploient le plus au cheval.
- Il y a trop de corridas dans les ferias, on n’est plus à l’époque d’Ojeda, certains jeunes d’Arles ne savent même pas qu’on produit des corridas dans les arènes…
- la carte jeunes de 35 euros permet d’assister a des spectacles taurins à 6 euros le spectacle : 82 cartes seulement vendues en 2012… Le problème n°1 de la tauromachie est le non renouvellement générationnel. Les clubs taurins doivent être interpelés : offrez le pass jeunes à vos enfants et petits enfants. (NDLR : certains clubs subventionnent le prix des places, à Arles et ailleurs).
- Il y a une demande de plus en plus forte de corridas où les 3 tercios sont mis en valeur : il faut conserver les gardiens du temple, mais qui connaît Fandino au Café du Commerce ? Personne ! Je suis bien obligé de mettre des figuras connues dans les cartels. La présence des figuras est obligatoire pour attirer du monde.
- Il y a 5 figuras qui gagnent beaucoup d’argent, 15 toreros qui vivent bien, les autres...
- Apres l’échec de la concours d’Arles 2012, il faut laisser passer une année sans. Peut être l’année prochaine, mais les corridas concours peuvent laisser des souvenirs extraordinaires avec des toros exceptionnels.
« C’est le regardeur qui fait l’œuvre »
Les chroniqueurs sont d’accord pour dire qu’il s’est passé quelque chose de grand à Nîmes le 16 septembre 2012, date du solo de José TOMAS ; quelle peut être la part prise dans ce succès par la préparation minutieuse de l’évènement ? Le public n’a-t-il pas contribué lui aussi à cette réalisation ?
Il est commun de dire que le spectateur participe à l’invention de l’œuvre d’art ; le public en posant son regard sur une toile devient à son tour artiste et recrée avec sa propre sensibilité une histoire qui lui appartient. Pour un peintre les transferts de l’autre sur leur propre tableau en constituent un "miroir"...et c'est pour cela qu'au delà du temps intime de la création, l’œuvre n'appartient plus à son géniteur et adopte une vie autonome, chargée des regards des uns et des commentaires des autres... Autrement dit depuis la célèbre phrase de Marcel Duchamp (1), « c’est le regardeur qui fait l’œuvre »:
C’est le regardeur qui fait l’œuvre : l’artiste interprète le monde extérieur et c’est le spectateur qui investit la création en déchiffrant et en lisant la proposition artistique, ajoutant ainsi sa propre contribution à l’acte initial. Mais en-deça de cette appropriation il n’est pas aberrant d’évoquer l’interactivité directe avec l’œuvre lorsque le public participe directement ou indirectement à l’acte de créer comme en tauromachie. Cette affirmation de Marcel Duchamp a peut être guidé l’esprit des trois protagonistes lorsqu’ils ont élaboré l’évènement qui devait se transfigurer en une œuvre et qui a été salué comme tel quasi unanimement par le mundillo et même au delà. Je ne le pense pas, mais, si pour certains la providence a agi en faisant qu’il en soit ainsi, il est permis d’affirmer que de manière plus prosaïque la préparation minutieuse - un peu cynique diront d’autres – a accouché de ce fameux 16 septembre 2012.
Le duende est source d’émotions et créateur d’art
Peut-on rapporter cette théorie admise pour l’art à la corrida ? Celle-ci n’est pas uniquement une activité de nature artistique mais elle en contient les éléments essentiels : l’opérateur dispose d’une matière brute qui reste à façonner, le taureau, il va vivre une séquence constituée d’un affrontement de l’homme à la matière; des règles garantissent la conformité du résultat aux canons éthiques et esthétiques et enfin il est confronté au public qui, en principe, est le régulateur du marché. Et même dans ce domaine, les spéculateurs esthètes influeront sur le marché de l’art comme les affairistes pèsent sur les spectacles taurins. L’éphémère de la lidia se rapproche aussi des expressions artistiques spontanées et fugaces que sont les installations et les happenings dont la mémoire est conservée par l’image numérisée avec la même perte de sensibilité qu’implique l’utilisation d’un média lors de la retransmission télévisée d’une corrida.
Selon l’observation de Francis Wolff (2), la matière première à façonner proposée au torero est la charge du taureau et non pas le taureau lui- même; les gestes du torero vont ponctuer, rythmer, lier et conclure la faena donnant ainsi forme au mouvement créé par le déplacement du taureau par rapport au torero. « Le toreo fut inventé par celui pour qui la ligne droite en se soumettant devint courbe » précise José-Carlos Arévalo (3). Et c’est ainsi que des toreros aux succès pourtant rares sont ou ont été appréciés parfois pour un seul geste : Curro Romero, Morante de la Puebla, ou à une moindre mesure Javier Condé, peuvent satisfaire leurs amateurs par un relâchement extrême dans la réalisation d’une naturelle qui n’en finit plus de s’alanguir...

En règle générale la sélection de l’art reconnu par les marchands et les collectionneurs, son assimilation par le grand public procèdent de démarches rationnelles où le coup de cœur n’est pas l’essentiel même s’il est avancé pour parfaire la communication. Il est bien connu que pour qu’un artiste soit « accompagné » dans la jungle du marché actuel de l’art il doit remplir une condition essentielle : être capable de produire un nombre important d’œuvres pour satisfaire la demande de ceux qui font les tendances ; il existe en effet des lancements comme on lance un produit. Exit l’artiste bohême qui paye ses repas frugaux et son gîte en échange d’un tableau. Le processus implique de faire des choix à chaque étape et l’improvisation n’a que peu d’espace dans un secteur où l’on attendrait plutôt de la spontanéité et de la créativité. Toute naïveté ou ingénuité n’est plus de mise dans un monde où les activités s’inclinent désormais devant la domination de l’économique.
Le diable se niche dans les détails
En dehors de ce qui s’est passé sur le sable et qui reste la rencontre de l’intelligence et de la force brute, c’est l’heure de vérité, quelle qu’en ait été la préparation. Que l’on aime ou pas, le 16 septembre a été conçu d’une manière remarquable, faisant très certainement recours à une analyse systémique permettant d’en garantir les moindres détails. Demeurait toutefois l’incertitude de l’alliance du taureau à la volonté du torero et de l’organisateur.
Décortiquer a posteriori cet évènement révèle combien la préparation s’est attachée à respecter les trois axes devant en constituer la colonne vertébrale : scénariser la corrida, imposer un contexte et aiguiser les choix à faire. Pour réussir un spectacle il faut un bon synopsis, en l’occurrence celui de ce jour devenu unique sera le suivant : le torero le plus énigmatique du circuit, et qui a fait de la rareté de ses prestations un des fondements de la conduite de sa carrière, négocie la seule prestation qu’il servira en France. Pour surprendre et créer l’évènement, il décide d’affronter, seul, les six taureaux prévus en matinée. A cette fin il s’attache à veiller au moindre détail; il s’entraîne très régulièrement pendant de longues semaines et répète la course avec toute son équipe une semaine avant la date dans une arène madrilène. La communication aidant, les jets privés affluent du monde entier vers ce lieu mythique, l’amphithéâtre romain. En ce jour consacré au patrimoine, la ville de Nîmes est assiégée plus que pour une féria de printemps par une affluence de gens passionnés, par des occasionnels qui pourront dire « j’y étais » et par les curieux et quelques sceptiques venus palper l’atmosphère. Pour ceux qui ne pourront y assister, nombreux sont ceux qui erreront autour du monument imaginant le déroulement de la corrida au travers des sons qui leur parviennent. Ils sont tous convaincus de vivre un moment particulier ; le spectacle sera-t-il à la hauteur des attentes ? Les conditions pouvant garantir que cette matinée devienne exceptionnelle sont méticuleusement réunies : José Tomas affrontera seul six taureaux provenant de six élevages différents.et sélectionnés « a gusto ». Ce sera la seule corrida en France parmi les quatre qu’il a décidé de combattre cette année. La communication insiste sur la difficulté de l’exercice, l’exclusivité obtenue pour Nîmes et l’annonce à l’avance d’un « no hay biletes » orchestré par la vente par abonnements ; les revendeurs de l’ombre campaient rue de la violette depuis plusieurs jours. Même France Info consacrera deux journées à promouvoir l’évènement. Un atout supplémentaire fait monter la pression puisque ce torero revendique être hors système et qu’il entend gérer sa carrière à sa main. La plénitude sera atteinte avec la perfection des choix : une attention particulière est portée à la sélection des encastes et à l’intérieur de ceux-ci au tri des taureaux - 12 taureaux seront amenés à Nîmes pour n’en combattre que six – la mise en scène exigera des capes en soie qui magnifieront la diversité des gestes, certains longtemps oubliés et habilement ressortis de l’empreinte taurine.

« La musique aussi atteint l’âme de la foule »
La foule, majoritairement conquise à l’avance, est venue communier avec ce José Tomas dont le comportement dans la vie comme dans l’arène, son passé et sa carrière atypique ne laissent pas indifférent même s’ils ne convainquent pas toujours. Le public sera soufflé, subjugué, sidéré par la pureté des gestes et la simplicité affichée devant l’épreuve. Un signe de la réussite : les jugements défavorables, il y en eut peu, et les allusions n’ont été le fait que de personnes bizarrement absentes de l’amphithéâtre, les contempteurs incorrigibles de l’extraterrestre de Galapagar; mais Socrate n’affirme-t-il pas que nul n’est méchant volontairement. L’acteur, « actuor princeps » est devenu « ac-tueur » par la profondeur des estocs faisant taire les critiques pour une trêve suspendue à la conduite qu’adoptera le maestro pour la suite de sa carrière ; la barre est haute. Basta le scénario et la mise en scène sans faille, ne restera que la somme des émotions et des souvenirs.

Indéniablement le public, conscient du contexte favorisant, s’est laissé entraîner à la transformation d’un évènement marquant en une corrida heuristique (4) ; la question restera de savoir ce qu’il serait advenu en cas d’échec. C’est en cela que l’on peut convenir que dès le premier combat le public conquis a contribué à faire de l’œuvre dessinée sur le sable en six tableaux cet avatar qui ouvre une page de l’histoire tauromachique, cette science des choses qui – selon Paul Valéry - ne se répètent pas. "La meilleure corrida, c'est toujours celle où l'on n'est pas. Nous n'y étions pas », concluait Francis Marmande (5) ; je ne saurais dire mieux, n’y étant pas moi-même.
Dominique VALMARY
(1) Marcel DUCHAMP (1887 – 1968). Fils de notaire il est élevé dans une famille d’artistes. Autodidacte il deviendra lui-même artiste après avoir hésité avec le métier d’humoriste. Son exercice est éclectique et s’exprime avec le souci de révolutionner la conception académique de l’art. Il a traversé les principaux mouvements artistiques du XX° siècle (cubisme, futurisme, dadaïsme et surréalisme. Il sera précurseur de l’art conceptuel et des happenings. Il est connu par le grand public pour avoir créé le ready-made qui fait, selon la définition d’André BRETON, que « l’objet est promu à la dignité d’objet d’art par le simple choix de l’artiste », l’œuvre emblématique étant le célèbre urinoir.
(2) Francis WOLFF. Philosophie de la corrida – Fayard – histoire de la pensée - 2007
(3) José-Carlos AREVALO. Le Mystère Taurin – Cultures Sud - 2005
(4) Simon CASAS. La corrida parfaite – Au diable Vauvert - 2013 / R BERARD, JM MAGNAN, F WOLFF – Une corrida pour l’histoire – Ed° Passiflore
(5) Francis MARMANDE. Six contre un, « la corrida historique » de José TOMAS – Le Monde du 17 septembre 2012
Gérard BOURDEAU, président de l'Association Française des Vétérinaires Taurins, était l'invité du CERCLE TAURIN NÎMOIS lors de son dernier JEUDI DU CERCLE. L'intérêt bien compris de son exposé, soutenu par la technique et l'expérience de l'homme de terrain fut de souligner au long de la soirée le rôle original joué par le vétérinaire taurin à tous les stades de la vie du taureau de combat. Mais son auditoire l'attendait en particulier sur l'interrogation piquante contenue dans le titre de sa conférence : indésirable ou incontournable?
Fidèle de ce rendez-vous aficionado, Gérard BOURDEAU savait par avance qu'il pouvait aborder le thème choisi, assurément provocateur, garanti 100% sans langue de bois... Et ce fut bien le cas. Le renfort d'anecdotes d'horizons divers et autres "nîmoiseries", encore intactes dans les mémoires, encore sensibles dans les esprits, a pour le moins éclairé l'auditoire sur les joies et les vicissitudes du beau métier de vétérinaire taurin.
C.C.
Photo Michel CHAUVIERRE
Vétérinaire taurin, indésirable ou incontournable ?
Par Gérard BOURDEAU
La programmation de cette soirée était un peu provocatrice du moins polémique, mais elle était censée assurer un développement sans langue de bois et mettre à plat, l’état actuel du mundillo français.
Le Vétérinaire Taurin français est né le jour de la création de l’AFVT, en 1992, association regroupant en France, les vétérinaires concernés par les manifestations taurines, de favoriser les échanges de connaissances, d’apporter des suggestions à l’UVTF et d’établir des relations avec toutes les associations de ce type venues d’autres pays.
L’UVTF, née en Arles en 1966 a pour mission la défense et la sauvegarde des courses de taureaux avec mise à mort, et notamment en empêchant que des abus ne soient commis sur la présentation des taureaux de combat et en veillant au respect du Règlement Taurin Municipal.
Tout de suite, l’UVTF, sous la pression d’un certain laissez-aller dans la présentation des taureaux, nous a demandé de procéder à l’examen des armures des dits animaux. Notre collaboration était née, et si le protocole actuel a été long à se mettre en place, son fonctionnement est aujourd’hui bien réglé. Il est de plus, redouté et respecté par tout le mundillo et nos voisins ibériques y songeront sans doute rapidement, la crise actuelle ‘permettant’ une certaine dérive qu’il faudra bien gommer. Il est évident que le rôle d’un Vétérinaire Taurin a un champ d’action plus vaste - surtout – en Espagne ( reconocimiento au campo et dans les arènes, présence au palco, entre autres missions… ) Cette partie est éludée en France, et le vétérinaire de la CTEM a-t-il seulement un rôle consultatif ? Se poser la question de notre non-participation, c’est avouer notre impuissance à pénétrer un milieu cadenassé où il ne faut pas mettre le nez. Seule, la partie sanitaire est également partagée. Aussi, avons-nous préféré, nous intéresser à des problèmes cruciaux de la tauromachie actuelle, comme les problèmes de comportement et des chutes du taureau de combat en relation ou non avec l’alimentation, avec le bon (ou non) déroulement du premier tiers de la corrida, de l’influence de la pose des ‘fundas’ sur les cornes des taureaux ( corne et manipulation) Bref, nous avons essayé, en trouvant parfois un écho à nos travaux. Merci à l’UVTF de s’être intéressée aux travaux de l’INRA, et de nous avoir aidés financièrement et techniquement. L’étude du premier tiers est, et j’ai un peu de mal à le comprendre, plus difficile à apprivoiser, à aborder. Pourquoi ? C’est une affaire de volonté collective. Or, nous avons du mal à reconnaître, aujourd’hui dans l’UVTF les signes d’une force susceptible de diriger le monde des Taureaux. Certains disent qu’elle est malade, que c’est la débâcle…c’est sûrement exagéré, mais significatif sans doute d’un malaise. Nîmes en s‘étant exclue de l’Union des Villes Taurines est à n’en pas douter la ville responsable de cet état actuel, à votre détriment, vous les aficionados. Que pena !!!
Je pense que nous, vétérinaires de l’AFVT, avons grandi à côté de l’UVTF, et si parfois nous avons été « indésirables » cela fait partie du passé. Nous voulons, dans une tauromachie ‘limpia’ être leurs partenaires « incontournables ».
Le peintre albert MARTIN, connu pour ses peintures sur le thème du caparaçon, est mis à l'honneur pour sa peinture si particulière de la symphonie d'Hector BERLIOZ
Pour se rendre sur le site :
http://www.hberlioz.com/arts/AMartin.htm
A l’issue de la course le taureau passe toujours entre les mains du boucher sauf les jours où la grâce atteint la présidence. L’histoire de la corrida, son substrat – le combat à mort – et la reconnaissance de la primauté conquise au 18° siècle par le matador à pied lui imposent le parcours qui l’entraîne du coup d’épée libérateur au matadero via le desolladero, l’abattoir et l’écorcherie dans la langue de Molière. Cette fonction incontournable est très présente aux arènes même si sa réalité est peu souvent relevée par la personne qui vient sacrifier au rite. Alors que la mort est mise en scène sur le sable et attendue par le public, seul le train d’arrastre participe au paseillo. Il suffit pourtant d’observer la mise en place du barnum avant l’heure pour assister à l’installation de l’équipe qui prend possession des lieux qui lui sont attribués vêtue de blouses blanches, coiffée de casquettes blanches, chaussée de bottes blanches et dotée des véhicules réfrigérés qui vont emporter les carcasses. Dans plusieurs arènes le véhicule porte la dénomination de l’entreprise et figure habituellement dans la liste des annonceurs soutenant la manifestation. Ceci dit ce ne sont pas les détails de cette tâche ancillaire et utile qui sont la genèse de ce texte mais la rencontre d’un voisin de gradin, bon aficionado, qui au fil de nos échanges m’a enrichi de son expérience particulière de la corrida puisqu’il avait exercé la profession de boucher. Je vois déjà les réactions narquoises : un boucher aficionado passe mais un boucher qui s’épanche sur ses états d’âme il y a de quoi sourire… et pourtant un tel témoignage est louable puisqu’il participe à la transmission des savoirs : aujourd’hui la viande n’est plus accessible qu’en deuxième ou troisième gamme, sous vide, surgelée, parfois fraîche mais plus jamais en carcasse. Dans le même esprit j’ai découvert chez un éleveur que le classement AOC Taureau Camargue ne distingue pas le biou du brave, moindre mal puisque, ne l’oublions pas, dans notre pays supposé être toujours attaché à la bonne bouffe la vache laitière de réforme peut devenir bœuf - sans manipulation génétique ni changement de genre - en toute légalité, par le bon vouloir de la traçabilité et donc des étiquettes ; et l’on sait qu’elles peuvent valser. Le référentiel étonne toutefois par sa singularité : Les critères de sélection génétique doivent correspondre aux us et coutumes liés à la vocation des jeux taurins, à l’exclusion des critères bouchers qui pourraient nuire à la combativité de l’animal et aux caractéristiques de la viande. Cette appellation, officialisée par décret, garantit la qualité et la saveur de la viande dues au respect du caractère sauvage de la bête et en conséquence promeut la préservation de la caste et de la bravoure ; rien à dire.
Aficionado et boucher
Mon voisin, donc, avait été boucher, un boucher à l’ancienne de ceux qui allaient choisir la matière première au campo et dans les étables. Il tuait lui-même au merlin, cette masse devenue plus tard une arme pneumatique, progrès oblige; il procédait ensuite à la découpe dessinant avec gourmandise à la pointe de son couteau, inlassablement affûté sur le fusil, l’axe et les courbures de la pièce anatomique qu’il entendait décoller délicatement de la charpente osseuse. On est loin de l’utilisation du minerai de viande dont nous venons de découvrir l’existence. Hélas les exigences sanitaires, l’aspiration de modernité liée à l’élimination programmée du petit commerce ont condamné ces pratiques de circuit court qui maillaient et animaient nos villages et nos quartiers. Il reste un vécu et une expérience de terrain qui valent bien les programmes aseptisés des diplômes professionnels d’aujourd’hui pour maîtriser le sujet. Le campo, il connait et c’est à la vue de taureaux d’apparence diarrhéiques qu’il m’a interpellé pour que j’acquiesce au diagnostic qu’en professionnel il a posé. Habitué des corrals où il a plaisir à fouiner la semaine avant la féria il analyse les soins apportés au bétail pour les remettre en condition après les longues heures de stress et de déshydratation subies pendant le transport. La raison du dérangement constaté parmi la quasi-totalité des exemplaires présentés est évidente ; selon lui une excessive et trop rapide réhydratation destinée à leur faire recouvrir une présentation sans faille et revenir au poids en serait la cause. Si nous avions été en début de saison on sait, me dit-il, que l’abondance d’herbes trop grasses peut produire les mêmes effets et modifier sensiblement le comportement des animaux. Je ne m’étendrai pas sur les informations données sur l’écart entre le poids affiché et la réalité du taureau entré dans l’arène qu’il n’est pas aisé de quantifier si pour autant on l’a détecté. Pour lui la vérité réside dans «le peso en canal » c'est-à-dire le poids de la dépouille sans tête ni viscères, exercice réservé à celui qui a l’œil acéré. Sa préférence va vers les taureaux à la robe noire ou grise au comportement combatif et il récuse « les charolais » trop volumineux et trop en graisse qu’il qualifie de sénateurs.
Boucher et torero
Une telle rencontre instructive m’a incité à aller plus loin dans l’observation de la faena sous l’angle du taureau aidé par un professionnel ce qui complète, par les détails techniques, l’opinion de l’aficionado fut-il toriste. Ce sera pour moi l’occasion de mener une réflexion quelques mois plus tard par le souvenir resurgi de cette relation et d’en élargir le sujet. Dans les ouvrages de référence les historiens s’accordent sur le rôle particulier tenu par les abattoirs de Séville ; ainsi Bartolomé Bennassar rapporte les travaux d’Antonio Garcia-Baquero fondés sur une recherche documentaire remarquée, lequel avance que Les premiers et les plus anciens toreros à pied dont on ait des données documentaires proviennent dans leur immense majorité de l'abattoir sévillan. Ce sont les travailleurs du macelo. D’après eux c'est dans les abattoirs que sont nées la tauromachie à pied, ses techniques et ses figures. Aux 16° et 17° siècles on « courait » déjà le taureau dans les abattoirs et le public pouvait assister à ces manifestations au grand dam des autorités qui tenaient à interdire ces jeux taurins quotidiens. De là est née une floraison de romans et récits s’appuyant sur les origines vernaculaires de la corrida propices au pittoresque.
Louchébem retrouvé, gastronomie préservée
J’ai évoqué brièvement l’art de la découpe et le plaisir que les professionnels prennent à le pratiquer ainsi ce moment où le boucher sanglé-serré dans son sarrau noué sur le ventre observe la carcasse suspendue aux crocs laissant deviner sa détermination d’engager la partie et surtout avec le regard entendu de celui qui sait comment il va mener l’opération. Armé d’un couteau à lame fine et courte, ce couteau auquel il est habitué depuis des années et qui est usé par le geste machinal de l’affutage, il le saisit comme le cachetero s’empare de la puntilla, à pleine main.
De la pointe du poignard il va dessiner la silhouette de la pièce à lever avant d’entrer dans le vif comme le peintre armé du fusain va esquisser les grandes lignes de l’image qu’il aspire à composer. La maîtrise fera que la dépouille sera défaite avec le minimum de pertes et le respect des différents morceaux autant dire sans bavures ni fautes de perspective avec le souci de rendre la future marchandise attrayante et appétissante; du travail bien fait par l’artisan dont le radical du nom est prometteur. Aujourd’hui la reconnaissance est là avec le retour à l’écran du boucher magnifié par l’hyper médiatique Yves Marie Le Bourdonnec ou, plus fort encore, par l’omniprésent Hugo Desnoyer, le boucher tendre et saignant, fournisseur de l'Elysée, du Sénat et des restaurants étoilés : Pierre Gagnaire, L'Arpège, L'Atelier de Joël Robuchon, L'Astrance, le Senderens, le Ritz... Bien évidemment c’est un parisien, né en Mayenne, qui a remis en avant les méthodes pour valoriser la viande et professe la maturation après l’abattage et donc le rassissement qui avait disparu vaincu par la dictature du flux tendu, du zéro stock et du risque biologique. Selon lui il est essentiel de laisser rassir la viande bovine comme on laisse rasseoir un vin pour qu’il se repose et s’épure et cela pendant une durée adaptée aux pièces concernées pouvant aller jusqu’à deux semaines. C’est encore plus vrai pour la viande de taureau.
Gastronomie taurine
L’engouement pour la viande de corrida dans les villes de corrida semble s’atténuer ; si les ans en sont la cause ce sont aussi les évolutions sociologiques qui pèsent avec la disparition du commerce de proximité et la frilosité des grandes surfaces dotées souvent de rayons libre service et si prudentes devant l’agressivité du militantisme végétarien et anti corrida. D’ailleurs les propos tenus en matière de consommation de taureau brave ont pu entretenir le doute sur l’apport gustatif et la qualité organoleptique de cette viande. En matière de gastronomie je ne m’aventurerai pas dans un domaine qui a été si efficacement et élégamment revisité par Jacques Dalquier, Président de l’UBTF, dans l’article paru à l’adresse suivante : http://www.culturestaurines.com/gastronomie_dalquier . Une lecture incontournable avant d’approfondir le sujet. Pour ma part je resterai sur l’exergue d’un autre article savoureux puisque de la plume d’André Daguin : Que le toro bravo soit indigeste n’est vrai que pour les toreros à cause des cornes et des sabots : ils savent bien qu’une cornada ou un coup de pied sont difficiles à digérer. Il poursuit en professant que pour ce qui est de sa viande et malgré les dires des adversaires de la corrida (qui, je l’espère, sont tous végétariens) je la tiens pour plus légère que celle du bœuf qui a voyagé trois ou quatre jours, sans manger ni boire, avant d’être parqué pour l'abattage en série : plus légère, ô combien, que celle du cerf ou du chevreuil forcé à la course et dont les toxines ont eu tout le temps d’imprégner les tissus musculaires. http://www.culturestaurines.com/daguin
Depuis je m’imagine assister à une lanzada organisée au 16° ou 17° siècle, temps béni du toreo chevaleresque, où le taureau, offert par le seigneur du coin et combattu par les chevaliers, sera tué par les péons à pied avant d’être mis à la disposition de la population. Une fois revenu aux réalités, place aux fourneaux… Certes « multa cadunt inter calicem supremaque labra », alors, même si de la coupe aux lèvres il y a un pas, je vous invite à le franchir.
Photo C. CREPIN
Comment ne pas avoir des frissons, la chair de poule, dans les yeux des larmes de plaisir, du pur bonheur en quelque sorte, quand on voit un novillo s’élancer sur toute la longueur de la piste, au galop, vers un cheval et un cavalier armé d’une pique ? Et cela six fois de suite, après quatre rencontres plus classiques sans sourciller, sans meugler, sans rechigner. Pour corser l’épreuve, l’éleveur a même fait ouvrir la porte du toril laissant au taureau le choix de rentrer à l’abri ou d’aller affronter une fois encore le picador. Que croyez-vous qu’il fit ? Combattre, encore combattre. La gueule fermée, il est allé ensuite s’enfoncer dans les plis d’une cape, puis d’une muleta, chargeant inlassablement cette cible mobile et insaisissable. Et même après une faena de muleta des deux mains de Sanchez Vara, il a tenu à se bagarrer encore une fois avec le piquero. Un vrai moment de bonheur pour les jeunes aficionados… (quand on aime on a toujours vingt ans !) qui emplissaient les arènes de Saint-Gilles dimanche matin pour un tentadero exceptionnel de l’éleveur portugais Joao Folque de Mendoza, propriétaire du fer Palha.
Photo JL GELAS
Les trois matadors : Stéphane Fernandez Meca, Victor Mendes et Sanchez Vara manipulant une branche d’olivier, une cape ou une muleta ont su animer parfaitement cette matinée exceptionnelle avec les machos de cet élevage mythique. Certes, tous les novillos testés (8) n’ont pas eu la même classe mais beaucoup possédait cette caste, cette noblesse, cette bravoure, cette méchanceté que les aficionados cherchent, recherchent, lassés de voir des taureaux clonés qui n’offrent plus aucune émotion.
Dans l’après-midi, une novillada sans picador réunissant quatre jeunes toreros et quatre ganaderias différentes débutait sous l’orage qui a fait réfugier le public, venu nombreux, vers les galeries abritées des arènes Emile-Bilhaud .
Photos C. CREPIN
Soto Garcia était opposé à un Pierre-Marie Meynadier ; Sofianito reçut le plus noble exemplaire de cette course avec un Palha applaudi à l’arrastre ; Javier Marin dut se battre avec un Laget (Jalabert) difficile et le Portugais Pedro Noronha le novillo de J.F. Turquay. C’est Sofianito qui fut récompensé triomphateurs du 6e Printemps des jeunes aficionados et Javier Marin reçut le trophée Paul Ricard.
Photos C. CREPIN
Mais des surprises, il y en eut encore notamment samedi matin avec la tienta de deux novillos de Pagès Mailhan.
Un novillo de Pagès-Mailhan signe le début du Printemps
Le printemps est arrivé ! Le Printemps des jeunes aficionados, bien sûr, le sixième du nom pour être précis. Toujours dans les arènes Emile-Bilhaud, ouvertes gratuitement pendant deux jours avec pour noble objectif de faire connaître la tauromachie, sous tous ses aspects, petits et grands. 27 clubs taurins y adhèrent avec une foi et une passion incommensurables et réunis par la Coordination des clubs taurins de Nîmes et du Gard.
Malgré la pluie matinale, malgré les vacances scolaires, malgré la multitude de choses à faire un samedi matin, malgré la concurrence d’autres loisirs, ils étaient là les aficionados, groupés sur les gradins pour assister à une expérience originale et qui a été fort appréciée : la tienta de novillos de Pagès-Mailhan par Camille Juan et Mathieu Guillon « El Monteño » équipés d’un micro afin de commenter en direct leurs lidias personnelles et de partager leurs avis avec les éleveurs et Stéphane Fernandez Meca, le parrain de cette manifestation.
Photos C. CREPIN
Si Camille Juan a hérité d’un novillo exceptionnel tant par sa bravoure face au cheval, que par sa noblesse, chargeant tête basse sur chaque sollicitation du torero, Mathieu Guillon a su, lui, s’adapter efficacement face aux difficultés que présentait l’adversaire complètement différent du premier. Les éleveurs et les toreros ont été longuement applaudis à l’issue de cette tienta et commentés ensuite pendant la dégustation de tapas et de vins des Costières de Nîmes.L’après-midi était consacré à des ateliers divers puis par la participation des élèves des écoles taurines face à des vaches des mêmes éleveurs camarguais.
Le bilan est donc plus que positif pour la Coordination des Clubs taurins de Nîmes et du Gard qui pourrait, peut-être, prolonger ces belles journées tout au long de l'année, en délégant à chaque club l'organisation d'autres journées pédagogiques.
Remise de la médaille au maestro samedi dernier 16 février 2012, au siège de l'UTN à Nîmes
Au titre des Ferias nîmoises 2012, le jury des Fondateurs de la Feria de Nîmes a décidé d’honorer, pour son comportement exemplaire devant six toros de Miura, le maestro Javier Castaño Perez.
En cette après-midi du 26 mai 2012, Javier Castaño a suscité le respect des aficionados les plus exigeants, exauçant leurs souhaits pour une corrida authentique. Il a cassé la routine des lidias convenues et remonté d'un cran les 3 tercios de la lidia.
Et de quelle manière ! Par la diversité du jeu servi, afin de donner sa lidia et sa faena à chacun de ses adversaires. En conduisant avec autorité une cuadrilla talentueuse et soudée, unanimement saluée par un public ravi. En donnant le la dans toutes les phases du combat : jamais dans le callejon, toujours sur le sable, toujours présent pour les mises en suerte et le quite quand il le fallait. Et enfin, par une faena ponctuée d’un récibir venant de l'horizon, magique, presque irréel, presque surnaturel, sur un fil ténu entre estocade et don de soi.
Les raison du vote du jury
Sans ignorer l’autre évènement majeur hors normes qui a profondément marqué les dernières Vendanges nîmoises les Fondateurs de la Feria de Nîmes ont tenu à consacrer le comportement exemplaire de Javier Castaño lors de son encerrona devant 6 toros de Miura. Cette corrida a sans doute marqué un tournant. Elle traduit magistralement dans les faits le mouvement profond qui se propage dans l’aficion en faveur d’une revalorisation du premier tercio. Elle a enfin suscité depuis lors une competencia au plus haut niveau de l’escalafon, traduite actuellement par quelques gestes de la part des figuras. Des gestes certes encore peu nombreux, mais des gestes néanmoins révélateurs que l’aficion n’attendait plus.
Les FONDATEURS DE LA FERIA DE NÎMES, un peu d'histoire
En 1950, la frontière espagnole s’ouvrait à nouveau aux aficionados, impatients de retrouver l’ambiance des ferias et de voir des corridas dont ils avaient été privés durant des années. Madrid, Barcelone, Séville, Pampelona, étaient autant de rendez-vous courus des aficionados nîmois. Dans la passion retrouvée, il est fort probable que certains d’entre eux aient caressé le rêve d’importer à Nîmes le modèle espagnol de la Feria.
Deux évènements survenus en 1951 allaient précipiter les choses :
Dès lors, la voie était libre, et l’aficion nîmoise n’attendait plus qu’un programme digne d’une vraie Feria.
Une démarche des clubs taurins nîmois
En 1952, il y avait à Nîmes 5 clubs taurins typés corrida. L’Union Taurine Nîmoise avait déjà 56 ans, le Club Taurin Lou Ferri de Saint-Cézaire fêtait son 30ème anniversaire, le jeune Cercle Taurin Nîmois avait soufflé ses 5 bougies, et l’Aficion Cheminote Nîmoise était née 2 ans auparavant. Francis Cantier « Paquito », directeur de la revue TOROS, allait bientôt rejoindre ces 5 sociétés taurines avec les Amis de Toros, pour constituer le premier Comité d’organisation de la Feria de Nîmes.
L’entente était parfaite. Elle portait déjà les prémices d’une union solide entre les clubs nîmois dont l’héritage se trouve encore aujourd’hui magnifiquement préservé par une certaine Coordination des Clubs Taurins Nîmois qui compte près de 2500 adhérents. Toujours est-il qu’à l’époque, la démarche de ces clubs fut confortée par l’enthousiasme spontané des aficionados et le soutien des élus.
De son côté, le Directeur des arènes, Ferdinand AYME, fut d’abord réticent. Mais son intelligence et son sens des affaires lui firent comprendre assez vite que derrière la démarche des clubs se profilait un événement d’envergure. La sagesse de l’homme et sa convivialité firent le reste : Ferdinand AYME fit le pari gagnant qu’on peut bâtir solide avec les forces vives de l’aficion nîmoise. Il annonça des cartels de rêve. La FERIA de NÎMES était née !
Au fil des années, bien sûr, d’autres personnalités allaient contribuer à faire de cette Feria un événement exceptionnel de renommée internationale. Mais ceci est une autre histoire.
La médaille des Fondateurs de la Feria
L’année dernière, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Feria, les clubs taurins fondateurs ont fait frapper une médaille signée par le peintre Albert Martin afin de distinguer chaque année une ou plusieurs personnes qui, par leur action auront marqué la feria de la Pentecôte ou celle des Vendanges.
Les premiers exemplaires de cette médaille ont mis à l'honneur quelques personnages ayant écrit des épisodes du passé de la Féria : Paco OJEDA, Christian NIMEÑO, Juan José PADILLA.
Le succès du film « the artist » a-t-il aidé la présentation de films muets au cycle « les femmes de cinéma » par la cinémathèque de Toulouse ? Au premier abord il est permis de le penser et, même si c’est le cas, l’histoire du 7° art vient atténuer cette influence par la place essentielle occupée par l’actrice Musidora et son réalisateur fétiche Louis Feuillade parmi les animateurs du premier tiers du 20° siècle. Et tout ceci avec un lien, étonnant et comme naturel, avec la corrida.
JEANNE ROQUES, alias Musidora (1889-1957)
Jeanne Roques est née à Paris le 23 février 1889 dans un milieu artistique et engagé : son père compositeur de musique est aussi théoricien socialiste, sa mère critique littéraire féministe et peintre.
Très jeune elle exprime ses prédilections pour les arts, monte sur les planches à l’âge de seize ans et prend pour nom de scène Musidora à la lecture de Fortunio, le roman de Théophile Gautier. Elle se produit dans diverses comédies, revues et surtout dans une adaptation de Claudine à Paris, œuvre alors attribuée à Henry Gauthier-Villars dont on apprendra plus tard qu'elle était l'œuvre de Colette son épouse. Musidora noue avec elle une amitié durable.
En 1913, Musidora apparaît pour la première fois sur les écrans, dans « les misères de l'aiguille », un drame noir à caractère social. Un an plus tard, elle signe un contrat à long terme avec la Gaumont et fait la connaissance de Louis Feuillade qui a réalisé la série très populaire des Fantômas. Ce cinéaste choisit Musidora pour incarner Irma Vep (anagramme du mot « vampire ») dans son chef-d'œuvre, « Les Vampires ». Vêtue d’une combinaison noire moulante, Musidora fait sensation dans ce rôle de la femme fatale partenaire du Grand Vampire qui dirige une société secrète de brigands semant la terreur dans Paris.

Première femme fatale du cinéma français elle affiche une plastique irréprochable, de longs cheveux noirs, une peau très blanche rehaussée par un regard charbonneux; ces canons font d'elle l'incarnation de la beauté moderne.
Après son mariage en 1927 avec le médecin Clément Marot, dont elle a un fils, Musidora s’éloigne du 7° Art. Femme de lettres, elle écrit deux romans (Arabella et Arlequin et Paroxysmes), un recueil de poésies, des chansons et une trentaine de pièces de théâtre. Après la réalisation d’un ultime court-métrage en 1950, elle termine sa carrière auprès d’Henri Langlois à la Cinémathèque Française au service presse et documentation. La muse des surréalistes (Louis Aragon et André Breton ont écrit, « Le Trésor des Jésuites », une pièce lui rendant hommage où tous les noms des personnages sont des anagrammes de Musidora : Mad Souri, Doramusi ...,), la première vamp du cinéma français s’éteint le 7 décembre 1957.
Louis Feuillade réalisateur aficionado
Louis Feuillade, né à Lunel le 19 février 1873, est issu d'une famille modeste ; son père est commissionnaire en vin. Sa famille, très pieuse, lui
assure une instruction catholique suivie à l'Institut Religieux de Carcassonne. Jeune homme, Louis s’intéresse à la littérature et écrit de nombreux drames, vaudevilles et poèmes mais c’est
surtout grâce à ses articles passionnés sur la tauromachie qu’il construit localement sa réputation.
Son imagination féconde lui vaut d'être engagé chez Gaumont comme scénariste, et sa compétence technique le mène bientôt à la mise en scène. Léon Gaumont le nomme directeur artistique et donc responsable des choix artistiques d'une compagnie dont l'ambition est de concurrencer la maison Pathé.Lorsque le concurrent éternel annonce la présentation française du film « Les Mystères de New York», il réagit en recherchant l'actrice capable de rivaliser avec Pearl White: ce sera Jeanne Roques, alias Musidora. Les protagonistes, Judex et Diana Monti, se disputent, pour des causes opposées, la fortune d'un banquier véreux. Il décède à 52 ans, le 26 février 1925, à Nice, des suites d'une péritonite, quelques jours à peine après avoir achevé «Le Stigmate».
Passionné de tauromachie, il se fera connaître par ses chroniques taurines ; ces textes republiés sous le titre Chroniques taurines, 1897-1907 (éditions UBTF) mettent en exergue le militantisme actif de l’auteur : sa riposte à l’académicien Julien Lemaître, violent anti taurin, lui vaudra la reconnaissance du milieu aficionado parisien. Il adhère au Tori-Club Parisien où il fait la connaissance d’André Heuzé auteur dramatique et scénariste qui le met en contact avec le monde du cinéma. Il rédige également le feuilleton tauromachique intitulé : Mémoires d’un toréador français (éditions UBTF). Reconnu par sa ville, son nom sera attribué au centre culturel.
Musidora en Espagne
L’artiste, déçue par plusieurs échecs, s'installe en Espagne. En 1920, elle accepte de jouer « pour Don Carlos » (« la capitana Alegria »), adaptation d’un roman de Pierre Benoit. Un jeune sous-préfet, Olivier de Préneste, est nommé en décembre 1875 dans les basses Pyrénées. Dès son arrivée, il se trouve embarqué dans les rivalités qui opposent les partisans du prétendant au trône d’Espagne Charles de Bourbon, Charles V, avec le pouvoir en place incarné par Alphonse XII. Il tombe dans un piège monté par Alegria Detchart, l'égérie de l'insurrection carliste et se rallie à la cause carliste avec sa fiancée. Faits prisonniers et condamnés à mort, ils sont sauvés par Alegria qui se sacrifie pour eux. Cette période troublée de l'histoire de l'Espagne débuta en 1830, année au cours de laquelle le roi d'Espagne Ferdinand VII modifia en faveur de sa fille Isabelle II, et au détriment de son frère don Carlos, l'ordre de succession à la couronne. Sur les plateaux elle fait la connaissance d’Antonio Cañero, une rencontre qui influence sa carrière.
Antonio Cañero l’être aimé
Né à Cordoue le 1er janvier 1885 et décédé en 1952, Antonio Cañero Baena est un rejoneador espagnol.
Il est à l'origine de la renaissance dans son pays de la corrida à cheval délaissée pendant 150 ans. Professeur d'équitation dans l'armée, il devient capitaine de cavalerie. C'est à la suite du triomphe qu'il obtient à Madrid le 14 octobre 1921 au cours d'une corrida de bienfaisance qu'il décide de devenir professionnel. Avant cela, il avait participé à de nombreux concours équestres en France, en Espagne et au Portugal. Mais ses débuts dans la tauromachie remontent à l'année 1913 où on signale sa présence comme torero à pied dans des festivals taurins. Ses véritables débuts de rejoneador professionnel datent du 2 septembre 1923. Après la guerre, période où il reprendra la carrière avec le grade de commandant, il va s'intégrer parfaitement à la vie civile à Cordoue dont il devient conseiller municipal. Son nom reste attaché aux initiatives d’ordre social qu’il engage.
Le monde de la tauromachie lui doit une véritable renaissance de la tauromachie à cheval qu'il a codifiée.
Cependant, cette forme de combat s'éteint avec lui. Il faudra attendre l'arrivée d’Alvaro Domecq Diez et de Conchita Cintron pour que le rejóneo retrouve les faveurs du public. C'est Antonio Cañero qui a eu l'idée de se passer d'un novillero pour la mise à mort du taureau. Il a mis pied à terre avec la muleta et a affronté directement l'animal. Il a également mis au point le costume de campo désormais adopté par les rejoneadors et posé les premières banderilles courtes dénommées « roses ». Le 1er novembre 1925 il se produit à Paris dans un spectacle équestre. Mais sa notoriété décroit assez rapidement en Europe. Après un triomphe sans précédent à Mexico en 1927, il torée de moins en moins jusqu'en 1935, date à laquelle il se retire des arènes.
Musidora et la corrida
Amoureuse d’Antonio Cañero elle recourt à ses services en qualité de conseiller artistique et acteur lors du tournage du film « Sol y Sombra » dont elle est la productrice, la réalisatrice et l’actrice principale. Dans cette tragédie tournée en 1922 à Tolède et en Andalousie une servante d'auberge, Juana, est fiancée à Antonio, un torero qui se laisse séduire par une étrangère. Antonio est tué lors d'une corrida. Juana, désespérée, poignarde alors sa rivale. Le roi Alphonse XIII déclare : " Une Française a fait là un film absolument espagnol et dans l'esprit espagnol".
En cours de tournage la comédienne est bousculée par un taureau ce qui ne l'empêche pas de réaliser un documentaire sur la vie des élevages. Ce film « La Tierra de los Toros », composé de cinq tableaux : 1. La vie d'un ganadero, la veille d'une corrida. 2. La corrida, le rejoneador. 3. La laide. 4. Métamorphose. 5. Epilogue est largement inspiré de l’aventure que vivaient alors les deux acteurs.
Deux réalisations mineures ponctuent son séjour : « une aventure de Musidora en Espagne » et « Juana, la servante d’auberge et la blonde étrangère ». Ces films ne lui apportent pas la fortune, ni même la gloire et, la quarantaine aidant, ils signent au contraire la fin de sa carrière cinématographique à l’heure de l’émergence du cinéma parlant et de la nouvelle silhouette de l’héroïne.
Tranche de vie
Le hasard provoque la rencontre de personnes qui deviennent de vrais personnages romanesques: la mythique femme fatale du cinéma muet, le réalisateur prolixe et l’icône du rejoneo. Cela pourrait être le prétexte d’un film avec pour décor la Belle Epoque et l’ambiance colorée des Suds. Synopsis : LF, un aficionado a los toros et militant de la cause, écrit « l’article » qu’il fallait avoir écrit en réponse à l’article violemment anti taurin de l’académicien Jules Lemaître en pleine polémique relancée par la loi Bertrand interdisant en France les courses de taureaux; il est sollicité pour adhérer au club taurin parisien qui compte où lui est présenté l’homme qui l’introduit dans le mundillo du cinéma. Devenu directeur artistique de la Gaumont il découvre en M l’actrice à la plastique irréprochable dont il fait la première vamp de l’histoire du cinéma. Ont-ils parlé taureaux? Il reste que M s’installera en Espagne où, si elle poursuit sa carrière, elle séduit AC connu pour avoir inventé la corrida à cheval de l’époque moderne. La fin du scénario moins romanesque est plus difficile à envisager: de retour à Paris après une rupture sentimentale, un échec commercial et le décès de LF, M rentre dans le rang; elle adopte alors une vie bourgeoise et se consacre à l’écriture…..
C’est « une tranche de vie » dont les évènements semblent s’enchainer avec évidence et facilité ; hélas pour Musidora, elle coïncide avec l’arrivée du parlant qui promeut les nouveaux faiseurs de cinéma. D’autres destins, d’autres rencontres, d’autres aventures suivront...
Quel âge avait-il ce petit garçon blondinet qui, pour l’anniversaire du Club taurin d’Arles, avait déjà conquis le public arlésien par son audace, ses qualités artistiques, sa technique tellement précoce ? Six ans, peut-être sept. Pas plus. Son idole c’était son père Frédéric et il le suivait dans tous ses entraînements. Il n’était pas très bavard le petit prodige mais il était attentif aux conseils de cette famille tellement taurine. Son oncle Paquito a créé l’École taurine d’Arles en 1988 après une carrière de matador ; ses autres oncles ont également fréquenté les ruedos comme banderilleros ou mozo de espada et le papa a également reçu l’alternative dans les arènes d’Arles et toréé jusqu’en 2003 avant de se reconvertir en banderillero. Un jour, avec une grande émotion, le papa-matador lui a même dédié sa faena et le jeune Marco l’a ensuite accompagné dans son tour de piste.
Marco ne pouvait que suivre le chemin taurin de cette dynastie qui se poursuit avec aujourd’hui les promesses de réussite de Juan Leal. Il sera matador. Et ses capacités se révèlent au fil des ans. En 2005, alors âgé de tout juste 16 ans, il débute sa carrière de novillero dans le sud-ouest, l’année suivante il se présente dans les arènes d’Arles puis continue son apprentissage de novillero dans les arènes françaises et même à Madrid alors que Stéphane Fernandez Meca veille sur sa carrière. En 2010 c’est enfin le grand moment tant attendu : l’alternative qu’il reçoit de « El Juli » et Sébastien Castella comme témoin. Puis, comme souvent, les succès sont moins nombreux et les directeurs d’arènes l’oublient. En 2012, il ne s’habillera de lumière qu’une seule fois, à Châteaurenard. Mais le garçon ne renonce pourtant pas. Il choisira de partir seul au Pérou pour combattre des taureaux pas souvent très clairs, vicieux, âgés, dans un pays où les contrats se gagnent un après l’autre, dimanche après dimanche. Il en gagnera une douzaine.
De retour à Arles, son aventure et ses réussites ne passent pas inaperçues. Luc Jalabert le contacte pour une corrida à la feria de Pâques. Et pas une facile. Celle de Cebada Gago le dimanche 31 mars avec Luis Bolivar et David Mora et lui propose également Saint-Martin de Crau où il n’a jamais toréé. Ok pour le package. Cette fois, c’est encore du lourd, avec les Dolores Aguirre dans un cartel où Sanchez Vara et Manuel Escribano sont également banderilleros. Mais, aguerri par son séjour en Amérique, le minot a choisi de toréer dans cette catégorie difficile. Comme papa, en son temps. Qui a décidé de l’aider de son mieux après que Marco se soit confié à lui pour s’engager dans cette voie. Avec ces deux contrats en début de saison, se sont deux opportunités que Marco Leal ne veut pas manquer. Lors de la présentation des cartels de Saint-Martin-de-Crau, Frédéric ne cachait pas son plaisir de voir Marco à l’affiche. Il sait que son fils ne manquera pas ces rendez-vous importants. Et comme le rappelait Robert Pilès : « A Saint-Martin de Crau, Javier Castaño, Raphaelillo, David Mora et d’autres se sont faits connaître et sont aujourd’hui en tête d’affiche ».
Le tout est d’y aller.
J’en conviens : « tendance » est un mot à la mode qui, sorti de sa définition « laroussienne » d’un penchant pour quelque chose, est employé à toutes les sauces un peu comme font tous les méridionaux qui croient bon d’ajouter trois lettres grossières à chaque fin de phrase.
« Tendance », c’est un style, une manière de vivre, de raisonner, de se détacher de son prochain, de ne pas faire pareil que lui, c’est dénicher quelques vieilles frusques qui sont alors classées « tendance », c’est fréquenter tel ou tel établissement à la mode ; c’est se démarquer d’une ligne de conduite pourtant bien établie.
La « tendance » en tauromachie, fille de tradition, de rites, de rigueur, c’est proposer autre chose que la traditionnelle course de taureaux avec trois matadors et six toros. Pour remplir des arènes aujourd’hui, il ne suffit pas de mettre à l’affiche des noms aussi importants soient-ils, il faut innover, inventer, créer l’événement, allécher des spectateurs de plus en plus blasés par des faenas interminables qui finalement tournent en rond, mais qui permettent de gagner des trophées et beaucoup d’argent sans trop risquer sa vie à une certaine catégorie de toreros.
A l’heure actuelle, en ce début de XXIe siècle, les directeurs d’arènes doivent se creuser la cervelle pour parvenir à intéresser le public préparer « des coups médiatiques » percutants pour voir une arène comme celle de Nîmes pleine jusqu’à la dernière pierre du dernier rang de l’amphithéâtre. Et là il faut bien convenir que Simon Casas est passé maître dans cet art.
N’a-t-il pas, dans le passé, conclut une affiche Paco Ojeda face à des Miura ; n’a-t-il pas mis en scène les alternatives des fils Camino et Litri par leurs propres pères ; n’a-t-il pas façonné : Jesulin, Chamaco, Muñoz, Conde… ?
Mais son plus beau coup médiatique reste bien sûr cette corrida historique du 16 septembre 2012 mettant seul en piste José Tomas face à six toros soigneusement choisis pour l’événement.
Le retentissement mondial de cette corrida a certainement donné des idées à d’autres empresas et notamment Bernard Carbuccia, Bernard Marsella qui a su hisser à un très haut niveau les arènes du Palio à Istres. Cette année encore l’ex-torero marseillais crée l’événement en présentant trois courses et les aficionados s’en lèchent déjà les babines. Et il y en a pour tous les goûts taurins : mano a mano Morante de la Puebla-Sébastien Castella ; Juan Bautista face à six toros d’encastes différents où figurent ceux de Gallardo de Miura, d’Albasserada de Victorino Martin et Buendia de La Quinta et, plus doux, de Torrestrella, papa Jalabert et Puerto de San Lorenzo où court le sang Domecq de l’encaste majoritaire. Cerise sur le gâteau : une corrida de Victorino où, le Biterrois, pour son deuxième contrat, entre dans le cartel qui va certainement le changer de tout ce qu’il a l’habitude de toréer.
N’ayons pas peur de crier notre enthousiasme devant ces choix dignes d’une arène de première catégorie espagnole, même si l’on sait que les toros ne seront jamais comparables avec ceux de Madrid. Il est vrai que le maire ne transige pas avec les traditions tauromachiques et que les entreprises participent pleinement à l’épanouissement de cette fort belle arène moderne, transformable en salle de spectacles divers et variés...
Comme un bonheur ne vient jamais seul, l’Arlésien Jean-Baptiste Jalabert offrira des places gratuites aux jeunes aficionados. Une autre manière de faire venir des jeunes aux arènes et de les faire se passionner pour ce spectacle.
Cette « tendance » des toreros à ne pas se confiner dans des chemins sans ornière, cette « tendance » des directeurs d’arène à chercher des affiches originales ; cette « tendance » à espérer revoir de la jeunesse sur les gradins en utilisant la gratuité pour un spectacle inaccessible en raison de sa cherté, voilà qui redonne espoir et qui réjouit l’aficionado dans une période de doutes sur l’avenir de la fiesta brava.
Attendons que Simon Casas lève le voile sur les ferias nîmoises. Pour rester « tendance » dans le contexte actuel, elles ne peuvent qu’être plus stupéfiantes.
Le dernier ouvrage publié par Yves Charnet n’est consacré ni à la tauromachie encore moins à la corrida alors pourquoi en parler sur un site taurin ?
C’est d’abord une évidence puisque son appétence pour notre passion est de notoriété publique, lui qui a publié ces dernières années Lettres à Bautista et Miroirs de Julien. Mais surtout il sue la sincérité et l’authenticité au fil des mots et des pages.
Enseignant-chercheur à Supaéro, issu de Normale Sup, Yves Charnet est chargé d’inculquer les arts et cultures aux futurs ingénieurs. Dans cet ouvrage - la tristesse durera toujours - en référence à une phrase de Vincent Van Gogh, il décide d’exorciser la plaie désormais avouée de son enfance et son attachement profond à Madame G, l’amie de sa mère qui en a fait son fils de substitution. Un livre d'écorché vif, impudique avec lui même et ses proches, un livre, ce « navire en perdition », participe à sa thérapie; la psychanalyse frappe toujours... Subtilement il distille en filigrane quelques rappels de son aficion, comme la bouée de sauvetage qui l’extrait de ses difficultés de vie sentimentale et de ses difficultés de père. Contrairement à une faena qui ne se conçoit que structurée par le rituel de son déroulement ce livre est surprenant dans sa construction en ce qu’il évoque de manière totalement désordonnée cette galère rétrospective et névrotique qui percute son actualité pour lui vide de sens. La corrida est ce qui lui permet de s’évader de ce « pèlerinage pour rien », lui qui se dit « écrivain-matador », utile aussi puisque son adversaire du jour présente beaucoup de genio.
Yves CHARNET La tristesse durera toujours. Editions La Table Ronde. Janvier 2013. (170 p).
"Une question du Tio Pepe :
"le toro de lidia a-t-il été créé et mis au monde pour absorber uniformément quarante passes de cape et soixante passes de muleta ?"